QUÉBEC-FRANCE Rive-Droite de Québec
 

L'Amour et la Mort

 

L'Amour est ceint de myrte et la Mort de cyprès.

L'Amour folâtre rit à l'Aurore indulgente,

La Mort penche son front dans le soir qui l'argente.

L'un porte l'urne d'or, l'autre l'urne de grès.

 

L'Amour chante et s'en va vers la Mort par degrés.

C'est, sous les bois profonds, une invisible sente;

Les pas du dieu ne marquent pas sur la descente,

Et peu à peu l'ombre enténèbre la forêt.

 

Nul n'a pu de ses yeux voir le baiser farouche

Que l'Amour et la Mort se donnent sur la bouche,

Ou nul n'est revenu pour le dire aux vivants;

 

C'est le secret des eaux, de la terre et du vent,

C'est le secret de l'arbre et de l'ombre inconnue.

Car la terrible Mort devant l'Amour est nue.

 

** Gabriel Trarieux (1870 – 1940) ** 

Camille-Ludovic-Gabriel Trarieux d'Egmont, dit Gabriel Trarieux, né à Bordeaux le  et mort à Monte-Carlo le , est un homme de lettres français, d'abord poète et auteur dramatique, puis romancier et auteur d'ouvrages sur l'ésotérisme.

Il est le fils de Ludovic Trarieux, sénateur de la Girondeministre de la Justice et fondateur de la Ligue des droits de l’homme, et de Camille Faure. Venu à Paris à la suite de son père, il fait ses études au lycée Condorcet (où il se lie notamment d'amitié avec le futur peintre Maurice Denis), puis aux facultés de lettres et de droit. Il publie à l'âge de 20 ans un premier recueil de vers et ne tarde pas à se lancer dans le théâtre. Ses pièces, comme ses vers, sont bien accueillies, sans toutefois attirer un public nombreux. ( tiré de Wikipédia )


 

*** Photo : Paul Lacasse, Jardins du Château de Drée, France, 2010***

 

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** Photo : Paul Lacasse, Le trouverai-je un jour ?, Îles de la Madeleine, août 2007 ** 

 

Il n'y a pas d'amour heureux

 


Rien n'est jamais acquis à l'homme. Ni sa force,

Ni sa faiblesse, ni son coeur. Et quand il croit

Ouvrir ses bras, son ombre est celle d'une croix,

Et quand il croit serrer son bonheur, il le broie.

Sa vie est un étrange et douloureux divorce.

Il n'y a pas d'amour heureux



Sa vie, elle ressemble à ces soldats sans armes

Qu'on avait habillés pour un autre destin;

À quoi peut leur servir de se lever matin

Eux qu'on retrouve au soir désoeuvrés, incertains ?

Dites ces mots Ma vie. Et retenez vos larmes.

Il n'y a pas d'amour heureux


Mon bel amour, mon cher amour, ma déchirure

Je te porte dans moi comme un oiseau blessé

Et ceux-là sans savoir nous regardent passer

Répétant après moi les mots que j'ai tressés

Et qui, pour tes grands yeux, tout aussitôt moururent.

Il n'y a pas d'amour heureux


Le temps d'apprendre à vivre, il est déjà trop tard,

Que pleurent dans la nuit nos coeurs à l'unisson.

Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson,

Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson,

Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare.

Il n'y a pas d'amour heureux.


Il n'y a pas d'amour qui ne soit à douleur

Il n'y a pas d'amour dont on ne soit meurtri

Il n'y a pas d'amour dont on ne soit flétri

Et pas plus que de toi l'amour de la patrie

Il n'y a pas d'amour qui ne vive de pleurs.

Il n'y a pas d'amour heureux.

Mais c'est notre amour à tous les deux.

 

** Louis Aragon (La Diane Française, Seghers, 1946) **

 

 

VISION

 

Une lune étrange

Glisse entre les nuages

Le vent du crépuscule

Déhanche les elfes


Sur l'étang ondoient

De pâles silhouettes

Cheveux de lin

Chants de sirènes


Dans le ciel sombre

Passent des ombres

Mirage et chaos

Horrible spirale


Le néant m'hypnotise

Il roule dans ma tête

Des âmes errantes

Accrochent mes chimères


L'enfer est sous mes pas

Volcan né d'une faille

Bouillonnant cratère

Perdant ses eaux brûlantes


Accouchant sa lave

entrailles de cendre

Écume incandescente

blanchie au clair de lune.

 

* Françoise Chapron *


** Photo Paul Lacasse, Dernières lueurs sur le fleuve, Cap-Rouge, 26 décembre 2010 ** 

 

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Je ne suis pas seul

 

Chargée

de fruits légers aux lèvres

 

Parée

de mille fleurs variées

 

Glorieuse

dans les bras du soleil

 

Heureuse

d'un oiseau familier

 

Ravie

d'une goutte de pluie

 

Plus belle

que le ciel du matin

Fidèle

 

Je parle d'un Jardin

Je rêve

 

Mais j'aime justement

 

** Paul Éluard, Les Médieuses, 1939 **

 

Photo : Paul Lacasse, Iris au Bois de Coulonge, juin 2020

 

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PHARE, FIDÈLE SENTINELLE...
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** Photo : Paul Lacasse, Le Phare du Cap des Rosiers, 2014 **  


Les Sentinelles


Il est un phare blanc au bout d'un promontoire
Ou planté sur le bout de quelque îlot rocheux
Résistant jour et nuit d'un air ostentatoire
Aux tempêtes poussant des vents impétueux.


On voit cette vigie, tel un mât dérisoire,
Coiffée d'un casque rouge et d'un oeil lumineux,
Tenir tête aux assauts, de lointaine mémoire,
Pour guider les bateaux par temps sombre ou brumeux.


Souvent le fleuve est calme où circule un navire
Et la tâche est discrète au fidèle gardien,
Mais qu'arrive l'orage et que l'onde chavire,
La haute tour repart son tournis quotidien.


Près du rivage où affleurent de noirs récifs
Le flot tumultueux a fracassé maints esquifs
Emprisonnant sous l'eau de nombreux équipages
Dont les restes se sont mêlés aux coquillages.


Longtemps après qu'on ait oublié leur histoire,
Parfois ces voyageurs qu'on croit au paradis
Hurlent au pied du phare et dans notre mémoire
Ravivant en nos coeurs d'horribles tragédies.


Combien le Saint-Laurent a vu de tristes fins,
Combien de corps sans vie roulent près des rochers
Faisant tinter leurs os comme de vieux clochers
Sonnant des angelus qu'imitent les dauphins!


* Paul Lacasse, Errances Fluviales (en préparation), été 2020 *


NOUS NE PARTIRONS PAS...

Patience (extrait)

 

en pays travaillé de froid, le feu loge en dessous

un grand silence de plaine bâillonne les montagnes-amours

 

rivières dans leurs os savent le chantage des glaces

chaque nuit reclaque des dents, rien n'y fera

ni la douleur, au fond certaine des tendresses nôtres

et pas davantage la promesse que

sur la langue, les mots fondraient d'amitié

rien ni personne, toi, moi, ni les autres semblables

tous tentés parfois de partir un peu vers un pays d'en haut

non

nous ne partirons pas

 

accrochés aux lambeaux d'inutile éternité

nous refusons la fin des fins

 

nous ne partirons pas

 

nous avons pleuré, nous avons sangloté

à la vue de cette terre insolite

et nous rirons, ah oui

quand viendra comme un soleil mis au nord

une bonne fois encore

 

le retournement total

 

** Jacques Brault (1933-…), La poésie ce matin (1971) **

 

Photo : Paul Lacasse, Froidure, janvier 2011.

 

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L'ASSOCIATION QUÉBEC-FRANCE CÉLÈBRE SES 50 ANS...
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50 ANS


 

 

 


 

D'ESSOR ET DE RÉSILIENCE


L'Association Québec-France célèbre ses 50 ans en 2021. Elle invite donc chacune des Association régionales à participer à la Fête en décrivant - avec une page et une photo représentative - ce qui fait sa couleur, sa personnalité. Avec rigueur… et avec humour.

Chacun de ces portraits sera réuni dans une Publication (ou une Revue) où s'ajouteront également un historique de notre fondation, un résumé des principales étapes de la vie de notre Association, un hommage à diverses personnalités qui l'ont marquée, les Programmes et activités qui ont jalonné son parcours, le rôle majeur de la Maison Fornel dans le soutien de nos activités, les grands moments de notre vie associative… de même que la grande résilience dont nous avons dû faire preuve depuis les 15 dernières années.

Un Comité spécial a été mis sur pied afin d'assurer la production de cette Publication spéciale et lui donner une couleur spécifique qui orientera nos actions des prochaines années. Font partie de ce comité Nicole Blouin, Francine Bouchard, Jacques Fortin, André Poulin, Denis Racine, et Paul Lacasse à titre de coordonnateur et producteur de la Publication. Notre président national André Robert participe également à nos rencontres virtuelles, et l'archiviste Pierre Benoît, qui a colligé tout ce qui s'est écrit et publié sur l'Association Québec-France, agit comme personne ressource indispensable pour l'enrichissement visuel de la future Revue.

Nous souhaitons vivement pouvoir retracer des anciens et des sages qui étaient aux premiers temps de notre Association, autant comme Directeurs généraux, Présidents nationaux, Fondateurs de Régionales, Responsables de Commissions ou de Programmes… afin d'utiliser leur mémoire des événements pour mieux illustrer notre Publication souvenir.

Tous les Présidents des Associations régionales ont été sollicités pour prendre en charge ou confier à un/e Répondant/e la rédaction de leur page régionale. Nous espérons ainsi pouvoir donner à cette publication une vraie couleur régionale exprimant les diverses particularités et richesses de la vie régionale de nos Associations.

Mais nous voulons que cette Revue de notre histoire soit fortement ouverte sur l'avenir immédiat ou prochain de la relation franco-québécoise. C'est ainsi que cette Publication souvenir présentera des pistes d'avenir en vue de réinventer et de solidifier nos relations avec la France.

La publication spéciale parue pour nos 40 ans illustrait bien le dynamisme de notre vie régionale. Nous souhaitons que celle de nos 50 ans soit tout aussi vivante et porteuse de promesses d'avenir concrètes.

 

L'Ennemi

 

Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,

Traversé çà et là par de brillants soleils;

Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage

Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.

 

Voilà que j'ai touché l'automne des idées

Et qu'il faut employer la pelle et les râteaux

Pour rassembler à neuf les terres inondées

Où l'on creuse des trous grands comme des tombeaux.

 

Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve

Trouveront dans ce sol lavé comme une grève

Le mystique aliment qui ferait leur vigueur ?

 

Ô douleur, ô douleur, le Temps mange la vie,

Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le coeur,

Du sang que nous perdons croît et se fortifie !

  

** Charles Baudelaire... **

 

 

 

Carte postale

 

un lac gelé dans la buée du couchant

rose de pâques venue de l'au-delà

me rappelle aux confins de la terre septentrionale

(car une main fragile poursuit l'itinéraire

son écriture me survit)

 

tremblement des jours amoncelés

tendresse de la création, poussière et sang dompté

ardeur domestique du soleil et de tous les astres

passion

délire

colère

 

à la façon des fleurs séchées, les anges

habitent des feuillets solitaires

ne les quittent que pour d'austères envols

rares fêtes

missions de ressusciter l'enfance

et le temps de vivre

 

de telle sorte que se manifeste

épisodique

la mémoire de dieu et des larmes

la misère quotidienne d'être heureux

 

rien n'est simple

ni l'âme du vieux couple dans le dernier village

avant la fin des temps

ni la chaleur d'aimer

 

 

** Paul-Marie Lapointe (1929-… ), Le Réel absolu, poèmes 1948-1965.** 


LA RUMEUR DES VAGUES...
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* Photo : Paul Lacasse, Île Verte, 2012. *


Bruit de mer

 

Il y a le vent tout auréolé de Large

Chargé de ciel et de sel

Il y a l'odeur du lointain, du soleil

Et celle de l'estran avec ses notes d'algues.


Le sable de la dune

Caresse et brûle les pieds.

Les longues tiges des oyats

secouent leur chevelure jaune.

Les oiseaux de mer crient et pleurent

Et se lamentent.


Et voilà qu'au sommet de la dune

Il y a le vacarme grave et puissant

De la vague.

Il y a le souffle des naufragés

Et la rumeur des petits cailloux

Quand, lasse, la vague se retire

Dans son rêve de vague.


Là est ma route, là est mon paradis.


Sylvie Damagnez, France

FILS DÉCHU DE RACE SURHUMAINE...

Le cycle des bois et des champs

LIMINAIRE

 

Je suis un fils déchu de race surhumaine,

Race de violents, de forts, de hasardeux,

Et j'ai le mal du pays neuf, que je tiens d'eux,

Quand viennent les jours gris que septembre ramène.

 

Tout le passé brutal de ces coureurs des bois :

Chasseurs, trappeurs, scieurs de long, flotteurs de cages,

Marchands aventuriers ou travailleurs à gages,

M'ordonne d'émigrer par en haut pour cinq mois.

 

Et je rêve d'aller comme allaient les ancêtres;

J'entends pleurer en moi les grands espaces blancs

Qu'ils parcouraient, nimbés de souffles d'ouragans,

Et j'abhorre comme eux la contrainte des maîtres.

 

 

*Alfred Desrochers, 1929*

  

 

** Photo : Paul Lacasse, août 2015, Canots d'écorce. **

 

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L'ARDEUR DU DÉSERT...
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** Photo de Peter Holme III, Tempête de sable, sur Pinterest **

 

Trompeuse torpeur

Désert, solitude, silence.

Sous l'astre, le sable poudroie

L'air est brouillé, comme en démence

Un violent khamsin le charroie.


Les replis sans fin et brûlants

De ce vide immense et trompeur

Ondulent dans l'âpre torpeur

D'ergs millénaires mais changeants.


Et, maintenant figée, la dune,

Dans le froid bleuté de la lune,

S'endort par un calme idéal

Sous le ciel placide et royal.


Mais au jour, un réveil brutal

Gonfle des forces aveuglantes

Sur les caravanes passantes :

Grand nuage obscur et fatal.

 

** Paul Lacasse, «Des Sentiers Ombragés», p. 36 (Bouquinbec), décembre 2019 **

LA FILLE AUX YEUX NOIRS...

La légende de la fille aux yeux noirs

 

A l'heure où le hibou hurle ses chants funèbres,

          Qui donc gémit ainsi ?

Qui donc ose venir pleurer dans les ténèbres

          Sur le morne obscurci ?

 

D'où partent ces éclats de rire ? Ce phosphore,

          Pourquoi va-t-il lécher

Ces deux crânes jaunis que le ver mange encore

          Et qu'il devra sécher ?

 

Est-ce pour voir passer un voyageur nocturne

          Que ce grand aigle noir

Là-bas, sur ce tombeau, dont il a brisé l'urne,

          Est accouru s'asseoir ?

 

Qui sait ? Mais chaque soir, quand se lève la lune

Deux squelettes hideux, poussant des cris confus,

Foulent, autour de lui, le sable de la dune,

          Avec leurs pieds fourchus.

 

 

Joseph LENOIR (1822-1861), Poèmes épars (posthume) 1916.

 

** Photo : Paul Lacasse, Nuée menaçante sur le mont Mégantic, octobre 2008.**

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JE SUIS LA TERRE ET L'EAU

 

Je suis la terre et l'eau, tu ne me passeras pas à gué, mon ami, mon ami

 

Je suis le puits et la soif, tu ne me traverseras pas sans péril, mon ami, mon ami

 

Midi est fait pour crever sur la mer, soleil étale, parole fondue, tu étais si clair, mon ami, mon ami

 

Tu ne me quitteras pas en essuyant l'ombre sur ta face comme un vent fugace, mon ami, mon ami

 

Le malheur et l'espérance sous mon toit brûlent, durement noués, apprends ces vieilles noces étranges, mon ami, mon ami

 

Tu fuis les présages et presses le chiffre pur à même tes mains ouvertes, mon ami, mon ami

 

Tu parles à haute et intelligible voix, je ne sais quel écho sourd traîne derrière toi, entends, entends mes veines noires qui chantent dans la nuit, mon ami, mon ami

 

Je suis sans nom ni visage certain; lieu d'accueil et chambre d'ombre, piste de songe et lieu d'origine, mon ami, mon ami

 

Ah quelle saison d'âcres feuilles rousses m'a donnée Dieu pour t'y coucher, mon ami, mon ami

 

Un grand cheval noir court sur les grèves, j'entends son pas sous la terre, son sabot frappe la source de mon sang à la fine jointure de la mort

 

Ah quel automne ! Qui donc m'a prise parmi des cheminements de fougères souterraines, confondue à l'odeur du bois mouillé, mon ami, mon ami

 

Parmi les âges brouillés, naissances et morts, toutes mémoires, couleurs rompues, reçois le coeur obscur de la terre, toute la nuit entre tes mains livrée et donnée, mon ami, mon ami

 

Il a suffi d'un seul matin pour que mon visage fleurisse, reconnais ta propre grande ténèbre visitée, tout le mystère lié entre tes mains claires, mon amour.

 

Anne Hébert, Poèmes, Éditions du Seuil, Paris. 1960

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Photo : Paul Lacasse, Sur la grève de Cap-Rouge, 26 juin 2015.

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 ** Photo : Paul Lacasse, «Grève du soir», août 2011 **

 

Ode au Saint-Laurent (1961) --  Gatien Lapointe

Et je situerai l’homme où naît mon harmonie

Ma langue est d’Amérique
Je suis né de ce paysage
J’ai pris souffle dans le limon du fleuve
Je suis la terre et je suis la parole
Le soleil se lève à la plante de mes pieds
Le soleil s’endort sous ma tête
Mes bras sont deux océans le long de mon corps
Le monde entier vient frapper à mes flancs
[…]

Je suis un temps jumeau et solitaire
Je suis un lieu de pollens et de cendres

J’ai toute la confusion d’un fleuve qui s’éveille

Quel arbre quelle bête m’indiquera mon chemin
Je pose dans l’instant les poutres de l’année
J’enferme dans un épi toute la prairie

Je fais de chaque blessure un berceau
Je recrée en moi les sept jours du monde
Je vais de souvenir en avenir
Je vais du cri du sang aux yeux de la beauté
J’essaie de voir et de parler avec mon corps

Je ne puis qu’éteindre mon cœur en pleine nuit

O que sourde le premier visage de l’homme
Et que j’entende son premier récit

Je mêle ma langue aux racines enneigées
Je mêle mon souffle à la chaleur du printemps
Je m’imprègne de chaque odeur
J’invente des nombres j’invente des images
Je me construits des lettres avec du limon
Je plante des mots dans la haute plaine
Et cela surgit soudain à ras d’horizon
Comme un homme plein de barbe et plein de rosée

L’homme naît d’un frisson du ciel et de la terre
Je m’accomplirai dans les pas du temps

Je vois dans une phrase l’espace de l’homme

 

** Gatien Lapointe (1931 - 1983), Ode au Saint-Laurent **

 

 

SEREIN DEVANT L'OCÉAN...
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** Photo : Paul Lacasse, Vaste océan, septembre 2012.**

 

 

Épousailles avec l'océan

 

J'ai pris l'océan dans mes bras pour m'en faire

une femme,

j'ai effleuré sa froideur pour rafraîchir mon âme;

avec lui, j'étais serein, confiant.

Je l'ai senti plus fort que la terre

et plus résistant.

Il gronde mais sa constance me met en lieu sûr.

J'irai jusqu'au bout du monde

les yeux noyés dans son sel,

il tuera par ce fait les malchances de ma vie.

Il m'amènera près du bord quand il fera pluvieux

et quand son soleil reparaîtra, nous ferons

ensemble un voyage dans le temps.

Il me présentera à ses oiseaux,

mes frères qui piaillent;

nous nous reconnaîtrons dans notre paradis.

Il versera dans ma bouche à l'heure du berger

le ventre gonflé de ses coquilles

et je serai muni contre la maladie.

Quand il faudra partir comme le font les marins,

il bercera ma carcasse pleine de souvenirs

pour m'offrir en festin sa grandeur éternelle.

Et voilà que je pense. Part-on pour un besoin

d'absolu ?

 

* Sabine Poulin, La chair et l'eau, pages 22-23, Éditions de l'Arc, Sillery, 1970.*


SAVOIR PARTAGER SON PAIN...

Serions-nous plus humains?

 

Si l'on savait

rompre le pain

l'offrir au passant

 

si l'on savait

que l'horizon

allume les lampes

de tous les chemins

 

serions-nous de meilleurs humains?

 


@ Marcil Cossette, Du vent sur les épaules, p. 49, Éditions du Wampum, 2019.

 

PHOTO : Paul Lacasse

 


Rallumer ce qui reste

 

Je cherche un nid

une maison de mots

sans toit ni fenêtre

 

j'essaie d'entendre

une langue inventée

un verbe qui parle

aux blessures

 

j'apprends l'alphabet

de mes désirs

j'invente des astres

qui ne tomberont pas

 

je veux choisir l'étoile

pour rallumer ce qui reste

 

* Ginette Massé, Devant ce qui tremble, 2019, p. 65 *


MAIS J'AIME...
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 ** Photo : Paul Lacasse, Fous de Bassan à l'Île Bonaventure, Gaspésie, 2014 **


LXIII

Me voilà debout

comme un poème dénudé


les arbres font tranquillement

leur travail d'arbre

sans eux je crains pour la beauté


le ciel n'est plus habitable

les nuages et les fous de Bassan

n'y font que passer


mais j'aime       et cet amour indomptable

oblige la pluie à laver le sang

sur les portes

comme un poème habillé de mille roses

 

Marc-André Villeneuve, Le Vent en Passant, Éditions de l'Arbre Penché, p. LXIII, 2019

 


UN LANCEMENT RÉUSSI - UN GROUPE TRÈS CHALEUREUX !
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Aujourd'hui dimanche 9 février était un heureux jour de lancement du Recueil d'un membre de la Rive-Droite; Paul Lacasse vient de produire son premier Recueil de poésie, Des Sentiers Ombragés, dans lequel il tisse une trame entre l'Ombre et la Lumière. Divisé en 7 chapitres, son recueil explore le monde des souvenirs d'enfance… des expéditions géographiques… des éclats de la période amoureuse… des côtés sombres et plus ensoleillés de soi-même et du monde actuel… et des grandes questions existentielles souvent sans réponse.

La journée était éclatante de lumière dans la Bibliothèque Lauréat-Vallières de St-Romuald et un petit groupe des plus sympathique a contribué à animer la présentation, dirigée de main experte par notre vice-présidente de la Rive-Droite, Lyne Émond.

Un grand merci aux responsables de la Bibliothèque pour les locaux et l'organisation.

 

 

Rendez-vous

 

le silence arrive

tout n'est pas dit

de la brume

ni de la rencontre

 

au rendez-vous

des cœurs à l'ombre

le vin offre son rire

la nuit, un abri

 

le lierre en silence

gravit la muraille

sns tambour ni prophète

le cœur cherche un coeur

la main, une main

 

* Denis Béland, Papiers fragiles, 2019 *

 

-- Photo : Paul Lacasse, sud de la France, 2015 -- 


MONUMENTS DE PIERRE...
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Monolithes de Mingan

 

Fantômes de pierre bien ancrés sur la grève

Résilients admirables d'un très lointain passé,

Vous tenez tête au flot qui revient chaque jour

Qui frappe et qui sape en montant à l'assaut,

Déterminé et sûr de sa force tranquille

Comme le loup devant la blanche et faible chèvre

Sait qu'il sera vainqueur au bout de la nuit !

Aujourd'hui debout et demain terrassés,

Sculptés dans la pierre et pourtant si fragiles,

L'histoire ne nous enseignera jamais assez

Qu'un jour nous tombons tous au combat inutile.

 

@ Paul Lacasse / le 16 avril 2020

UNE BELLE RENCONTRE AU SAGUENAY
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Le dimanche 19 janvier dernier, l'auteur de "Des Sentiers Ombragés" a été chaleureusement accueilli par le Président de l'Association Québec-France Saguenay pour une conférence sur "Écrire et publier, un projet de retraite emballant", ainsi que pour faire la promotion de son Recueil de poésie.

Nombreuses parmi les personnes présentes se préparaient à publier ou l'avaient déjà fait. Ceci démontre un intérêt certain pour soit de l'écriture autobiographique soit pour de la poésie, par exemple.

Le conférencier se promet donc de poursuivre sa série de présentations à travers nos Régionales, en répondant à la demande des Association qui le désireront.

Un grand merci à Rosaire Gagnon et à Ghislaine pour leur accueil et pour tous les bons souvenirs échangés autour d'un bon repas devant un feu de bois dans une maison chaleureuse.

20e Festival des Chants de Marins 2019
GALETTE DES ROIS 2016
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LES BOÎTES À CHANSONS 2015
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