QUÉBEC-FRANCE Rive-Droite de Québec
JAMAIS FAIRE À MOITIÉ...
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Le chat et l'oiseau

 

Un village écoute désolé

Le chant d'un oiseau blessé

C'est le seul oiseau du village

Et c'est le seul chat du village

Qui l'a à moitié dévoré

 

Et l'oiseau cesse de chanter

Le chat cesse de ronronner

Et de se lécher le museau

Et le village fait à l'oiseau

De merveilleuses funérailles

 

Et le chat qui est invité

Marche derrière le petit cercueil de paille

Où l'oiseau mort est allongé

Porté par une petite fille

Qui n'arrête pas de pleurer

 

Si j'avais su que cela te fasse tant de peine

Lui dit le chat

Je l'aurais mangé tout entier

Et puis je t'aurais raconté

Que je l'avais vu s'envoler

 

S'envoler jusqu'au bout du monde

Là-bas c'est tellement loin

Que jamais on n'en revient

 

Tu aurais eu moins de chagrin

Simplement de la tristesse et des regrets

 

Il ne faut jamais faire les choses à moitié !

 

 

Jacques Prévert (1900 - 1977)

 

DANS UNE GROTTE SOMBRE...
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** Photo : Paul Lacasse, Grotte sombre en Gaspésie, 29 juillet 2014 **

 

Le promenoir des deux amants

 

Auprès de cette Grotte sombre

Où l'on respire un air si doux,

L'onde lutte avec les cailloux,

Et la lumière avecque l'ombre.

 

Ces flots lassés de l'exercice

Qu'ils ont fait dessus ce gravier,

Se reposent dans ce Vivier

Où mourut autrefois Narcisse…

 

L'ombre de cette fleur vermeille,

Et celle de ces joncs pendants

Paraissent être là-dedans

Les songes de l'eau qui sommeille.

 

Dans ce bois, ni dans ces montagnes,

Jamais chasseur ne vint encor :

Si quelqu'un y sonne du Cor,

C'est Diane avec ses compagnes.

 

Ce vieux chêne a des marques saintes;

Sans doute qui le couperait,

Le sang chaud en découlerait

Et l'arbre pousserait des plaintes.

 

Ce Rossignol mélancolique

Du souvenir de son malheur

Tâche de charmer sa douleur,

Mettant son Histoire en musique.

 

Sur ce frêne deux Tourterelles

S'entretiennent de leurs tourments

Et font les doux appointements

De leurs amoureuses querelles…

 

Dans toutes ces routes divines,

Les Nymphes dansent aux chansons

Et donnent la grâce aux buissons

De porter des fleurs sans épines.

 

Jamais les vents ni le Tonnerre

N'ont troublé la paix de ces lieux,

Et la complaisance des Cieux

Y sourit toujours à la Terre.

 

Penche la tête sur cette Onde

Dont le cristal paraît si noir;

Je t'y veux faire apercevoir

L'objet le plus charmant du monde.

 

Vois mille Amours qui se vont prendre

Dans les filets de tes cheveux,

Et d'autres qui cachent leurs feux

Dessous une si belle cendre…

 

Veux-tu par un doux privilège

Me mettre au-dessus des humains?

Fais-moi boire au creux de tes mains

Si l'eau n'en dissout point la neige…

 

 

Tristan L'Hermite (1601 – 1655 )

 

 

 

Le Sylphe

  

Ni vu ni connu

Je suis le parfum

Vivant et défunt

Dans le vent venu !

 

Ni vu ni connu

Hasard ou génie ?

A peine venu

La tâche est finie !

 

Ni lu ni compris ?

Aux meilleurs esprits

Que d'erreurs promises !

 

Ni vu ni connu,

Le temps d'un sein nu

Entre deux chemises !

 

Paul Valéry  (1871 - 1945)

 

 
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photo : Paul Lacasse, Départ d'oies, octobre 2015.


Leurs yeux toujours purs

 

Jours de lenteur, jours de pluie,

Jours de miroirs brisés et d'aiguilles perdues,

Jours de paupières closes à l'horizon des mers,

D'heures toutes semblables, jours de captivité,

 

Mon esprit qui brillait encore sur les feuilles

Et les fleurs, mon esprit est nu comme l'amour,

L'aurore qu'il oublie lui fait baisser la tête

Et contempler son corps obéissant en vain.

 

Pourtant, j'ai vu les plus beaux yeux du monde,

Dieux d'argent qui tenaient des saphirs dans leurs mains,

De véritables dieux, des oiseaux dans la terre

Et dans l'eau, je les ai vus.

 

Leurs ailes sont les miennes, rien n'existe

Que leur vol qui secoue ma misère,

Leur vol d'étoile et de lumière,

Leur vol de terre, leur vol de pierre

Sur les flots de leurs ailes,

 

Ma pensée soutenue par la vie et la mort.

 

Paul Éluard  ( 1895 - 1952 )

 


 

ENFANT, DORS...

Rondel

 

Il fait noir, enfant, voleur d'étincelles !

Il n'est plus de nuits, il n'est plus de jours,

Dors… en attendant venir toutes celles

Qui disaient : Jamais ! Qui disaient : Toujours !

 

Entends-tu leurs pas ?… Ils ne sont pas lourds :

Oh ! les pieds légers !… l'Amour a des ailes…

Il fait noir, enfant, voleur d'étincelles!

Entends-tu leurs voix ?… Les caveaux sont sourds.

 

Dors : il pèse peu, ton faix d'immortelles;

Ils ne viendront pas, tes amis les ours,

Jeter leur pavé sur tes demoiselles…

Il fait noir, enfant, voleur d'étincelles !

 

Tristan Corbière (1845-1875)

 

** Photo : Il fait noir, dors ! - Paul Lacasse, Mont Mégantic, octobre 2008 **

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** Photo : Envolée matinale, Turquie, Paul Lacasse, 2008 **

 

Les Yeux

 

Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,

Des yeux sans nombre ont vu l'aurore;

Ils dorment au fond des tombeaux

Et le soleil se lève encore.

 

Les nuits, plus douces que les jours,

Ont enchanté des yeux sans nombre;

Les étoiles brillent toujours

Et les yeux se sont remplis d'ombre.

 

Oh! qu'ils aient perdu le regard,

Non, non, cela n'est pas possible !

Ils se sont tournés quelque part

Vers ce qu'on nomme l'invisible;

 

Et comme les astres penchants

Nous quittent, mais au ciel demeurent,

Les prunelles ont leurs couchants

Mais il n'est pas vrai qu'elles meurent :

 

Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,

Ouverts à quelque immense aurore,

De l'autre côté des tombeaux

Les yeux qu'on ferme voient encore.

 

 

Sully Prudhomme (1839-1907)

 

L'ÂME DEMANDE À BOIRE...

 

Vivre encore

 

Ce qu'il faut de nuit

Au-dessus des arbres,

Ce qu'il faut de fruits

Aux tables de marbre,

Ce qu'il faut d'obscur

Pour que le sang batte,

Ce qu'il faut de pur

Au coeur écarlate,

Ce qu'il faut de jour

Sur la page blanche,

Ce qu'il faut d'amour

Au fond du silence.

Et l'âme sans gloire

Qui demande à boire,

Le fil de nos jours

Chaque jour plus mince,

Et le coeur plus sourd

Les ans qui le pincent.

Nul n'entend que nous

La poulie qui grince,

Le seau est si lourd.

 

* Jules Supervielle (1884-1960) *

 

Photo : Paul Lacasse, Source de la Gorge de Kakuetta, Pays Basque, France, 2010

 

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*** photo : Lumière du soir à Sainte-Flavie, 16 juin 2019, Paul Lacasse ***

 

Anna de Noailles (1876-1933)

Née au 22 boulevard de La Tour-Maubourg à Paris, dans une richissime famille de la noblesse roumaine, Anna est la fille d'un expatrié roumain; sa mère, plus jeune de 21 ans que son mari, est une pianiste d'origine romaniote née à Constantinople. Sa tante, la princesse Hélène Bibesco, a joué un rôle actif dans la vie artistique parisienne à la fin du xix e siècle jusqu'à sa mort en 1902.

Elle meurt à 56 ans en 1933 et est inhumée à Paris au cimetière du Père-Lachaise.

Source : Wikipédia

 

Il fera longtemps clair ce soir

 

Il fera longtemps clair ce soir, les jours allongent,

La rumeur du jour vif se disperse et s'enfuit

Et les arbres, surpris de ne pas voir la nuit,

Demeurent éveillés dans le soir blanc, et songent...

  

Les marronniers, sur l'air plein d'or et de lourdeur,

Répandent leurs parfums et semblent les étendre;

On n'ose pas marcher ni remuer l'air tendre

De peur de déranger le sommeil des odeurs.

 

De lointains roulements arrivent de la ville... 

La poussière, qu'un peu de brise soulevait,

Quittant l'arbre mouvant et las qu'elle revêt,

Redescend doucement sur les chemins tranquilles.

 

Nous avons tous les jours l'habitude de voir

Cette route si simple et si souvent suivie,

Et pourtant quelque chose est changé dans la vie :

Nous n'aurons plus jamais notre âme de ce soir !

 

** Anna de Noailles ** 

 
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** photo : disponible sur internet **

 

Vins de Vouvray


Vouvray l'été

Sage lumière

Poussière du temps

Lente avalanche de

tuffeau vers le fleuve

pétillant de jaune


Vouvray l'automne

Musique rousse

Feux de sorcières

sous les fûts

Où notre futur chante

et ronronne

L'or du chemin entre

en fusion


Vouvray l'hiver

Ardoise et pluie

Mais sous les maisons

sages, des

cathédrales sont

enfouies

Où le vin se

transforme en joie


Mais que le printemps

vienne

Que le soleil s'amuse

sur la statue du

marchand de vent

Gaudissart

Que la Loire gonflée

de promesse s'étire

dans le vert cymbale

des frondaisons

C'est ici que nous

l'attendons

À Vouvray

La vraie vie

 

* Jean-Marie Laclavetine, éditeur, romancier et nouvelliste (1954- ...) *

 

 

VOUVRAY –

A 15 minutes de Tours dans la Vallée Coquette, la cave des producteurs de Vouvray est reconnue

pour son accueil d'excellence.

La Cave des Producteurs de Vouvray a été créée en 1953, à l'initiative d'un petit groupe de vignerons.

Soixante ans plus tard, ce sont 40 vignerons qui poursuivent l'aventure, avec près de 520 ha de

vignobles, répartis sur toute l'appellation Vouvray. Pour certains, ce sont deux générations qui se sont

succédées, bientôt relayées par une troisième.

Réputée pour la qualité de ses Fines Bulles de Vouvray, la Cave des Producteurs propose également

toute une gamme de Vouvray Tranquilles, du sec au liquoreux.

Source : site web de Vouvray

 

L'AMOUREUSE

 

Elle est debout sur mes paupières

Et ses cheveux sont dans les miens,

Elle a la forme de mes mains,

Elle a la couleur de mes yeux,

Elle s'engloutit dans mon ombre

Comme une pierre sur le ciel.

 

Elle a toujours les yeux ouverts

Et ne me laisse pas dormir.

Ses rêves en pleine lumière

Font s'évaporer les soleils,

Me font rire, pleurer et rire,

Parler sans avoir rien à dire.

 

Paul Éluard (1895-1952)

 

Toute la vie d’Éluard se confond à présent avec celle du mouvement surréaliste. C’est cependant lui qui échappe le mieux à la réputation de violence et qui est le mieux accepté par la critique traditionnelle. Éluard se plie à la règle surréaliste résumée par Lautréamont : « La poésie doit être faite par tous, non par un ».

Dès 1925, il soutient la révolte des Marocains et en janvier 1927, il adhère au parti communiste français, avec Louis Aragon et Breton. C’est aussi l’époque où il publie deux recueils essentiels : « Capitale de la douleur » (1926) et « L’Amour la poésie » (1929).

En 1928, malade, il repart dans un sanatorium avec Gala, qui ensuite rencontre Salvador Dali. Il dit à Gala : « Ta chevelure glisse dans l’abîme qui justifie notre éloignement. Les années 1931-1935 comptent parmi les plus heureuses de sa vie. Marié avec Nusch en 1934, il voit en elle l’incarnation même de la femme, compagne et complice, sensuelle et fière, sensible et fidèle.

Le 18 novembre 1952 à neuf heures du matin, Paul Éluard succombe à une crise cardiaque à son domicile. Les obsèques ont lieu le 22 novembre au cimetière du Père-Lachaise. Le gouvernement refuse les funérailles nationales. Robert Sabatier déclare : « Ce jour-là, le monde entier était en deuil ».

source : Wikipédia


 
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Consolation à M. du Périer pour

la mort de sa fille

Ta douleur, du Périer, sera donc éternelle,

Et les tristes discours

Que te met en l'esprit l'amitié paternelle

L'augmenteront toujours ?

 

Le malheur de ta fille au tombeau descendue

Par un commun trépas,

Est-ce quelque dédale où ta raison perdue

Ne se retrouve pas ?

 

Je sais de quels appâts son enfance était pleine,

Et n'ai pas entrepris,

Injurieux ami, de soulager ta peine

Avecque son mépris.

 

Mais elle était du monde, où les plus belles choses

Ont le pire destin;

Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,

L'espace d'un matin.

 

Penses-tu que, plus vieille, en la maison céleste,

Elle eût eu plus d'accueil ?

Ou qu'elle eût moins senti la poussière funeste

Et les vers du cercueil ?

 

Non, non, mon du Périer, aussitôt que la Parque

Ôte l'âme du corps,

L'âge s'évanouit au decà de la barque,

Et ne suit point les morts.

 

La Mort a des rigueurs à nulle autre pareille;

On a beau la prier,

La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles

Et nous laisse crier.

 

Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre,

Est sujet à ses lois;

Et la garde qui veille aux barrières du Louvre

N'en défend point nos rois.

 

François de Malherbe (1555-1628) poète français, ardent défenseur de la langue française. A écrit une grammaire et publié Défense et Illustration de la Langue Française

L'ASSOCIATION QUÉBEC-FRANCE CÉLÈBRE SES 50 ANS...
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50 ANS


 

 

 


 

D'ESSOR ET DE RÉSILIENCE


L'Association Québec-France célèbre ses 50 ans en 2021. Elle invite donc chacune des Association régionales à participer à la Fête en décrivant - avec une page et une photo représentative - ce qui fait sa couleur, sa personnalité. Avec rigueur… et avec humour.

Chacun de ces portraits sera réuni dans une Publication (ou une Revue) où s'ajouteront également un historique de notre fondation, un résumé des principales étapes de la vie de notre Association, un hommage à diverses personnalités qui l'ont marquée, les Programmes et activités qui ont jalonné son parcours, le rôle majeur de la Maison Fornel dans le soutien de nos activités, les grands moments de notre vie associative… de même que la grande résilience dont nous avons dû faire preuve depuis les 15 dernières années.

Un Comité spécial a été mis sur pied afin d'assurer la production de cette Publication spéciale et lui donner une couleur spécifique qui orientera nos actions des prochaines années. Font partie de ce comité Nicole Blouin, Francine Bouchard, Jacques Fortin, André Poulin, Denis Racine, et Paul Lacasse à titre de coordonnateur et producteur de la Publication. Notre président national André Robert participe également à nos rencontres virtuelles, et l'archiviste Pierre Benoît, qui a colligé tout ce qui s'est écrit et publié sur l'Association Québec-France, agit comme personne ressource indispensable pour l'enrichissement visuel de la future Revue.

Nous souhaitons vivement pouvoir retracer des anciens et des sages qui étaient aux premiers temps de notre Association, autant comme Directeurs généraux, Présidents nationaux, Fondateurs de Régionales, Responsables de Commissions ou de Programmes… afin d'utiliser leur mémoire des événements pour mieux illustrer notre Publication souvenir.

Tous les Présidents des Associations régionales ont été sollicités pour prendre en charge ou confier à un/e Répondant/e la rédaction de leur page régionale. Nous espérons ainsi pouvoir donner à cette publication une vraie couleur régionale exprimant les diverses particularités et richesses de la vie régionale de nos Associations.

Mais nous voulons que cette Revue de notre histoire soit fortement ouverte sur l'avenir immédiat ou prochain de la relation franco-québécoise. C'est ainsi que cette Publication souvenir présentera des pistes d'avenir en vue de réinventer et de solidifier nos relations avec la France.

La publication spéciale parue pour nos 40 ans illustrait bien le dynamisme de notre vie régionale. Nous souhaitons que celle de nos 50 ans soit tout aussi vivante et porteuse de promesses d'avenir concrètes.

 
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*** Photo libre de droits sur internet ***

 

Fascinant Himalaya (extrait)

 

La vaillante cordée, au pas chorégraphié,

Progresse lentement dans un air raréfié

À l'assaut de ce dieu au front souvent brumeux,

Aux abords hachurés d'escaliers hasardeux,

Et dont chaque alpiniste, agrippé à ses flancs,

S'applique à deviner les traîtres pièges blancs.

 

Voici cet Everest, inaccessible et fameux

Qui hante les désirs des humains ambitieux

Prêts à tout pour poser sur le pic fabuleux,

Embrasser un instant et la terre et les cieux,

Vainqueurs du château-fort aux douves de séracs,

Aux hauts donjons de pierre et parois de granite,

Aux créneaux émaillés de géants nunataks,

Aux solides remparts de l'ultime limite.

 

Chaque ascension forme un défi, que tous redoutent,

Mêlé d'exaltation plus forte que les doutes.

Même après tant d'efforts, tous ne reviennent pas,

La montagne cruelle indiquant le trépas.

À chaque décennie, nombre d'expéditions,

Parties remplies d'espoir, aux grandes ambitions,

Piégées par la tempête, en proie à la détresse,

Parfois mal préparées, succombent à l'ivresse !

 

Ignorant la prudence et grisés de désir,

On voit quelques grimpeurs s'entêter et transir,

Pour finir tristement, laissant leurs corps gelés

Hanter les crevasses des hauts plateaux voilés,

Corps vaincus des vainqueurs que les neiges recouvrent

Avant que les hasards ou les vents les découvrent.

 

** Paul Lacasse, Des Sentiers Ombragés, novembre 2019, pages 40-42 **

 

L'Amour et la Mort

 

L'Amour est ceint de myrte et la Mort de cyprès.

L'Amour folâtre rit à l'Aurore indulgente,

La Mort penche son front dans le soir qui l'argente.

L'un porte l'urne d'or, l'autre l'urne de grès.

 

L'Amour chante et s'en va vers la Mort par degrés.

C'est, sous les bois profonds, une invisible sente;

Les pas du dieu ne marquent pas sur la descente,

Et peu à peu l'ombre enténèbre la forêt.

 

Nul n'a pu de ses yeux voir le baiser farouche

Que l'Amour et la Mort se donnent sur la bouche,

Ou nul n'est revenu pour le dire aux vivants;

 

C'est le secret des eaux, de la terre et du vent,

C'est le secret de l'arbre et de l'ombre inconnue.

Car la terrible Mort devant l'Amour est nue.

 

** Gabriel Trarieux (1870 – 1940) ** 

Camille-Ludovic-Gabriel Trarieux d'Egmont, dit Gabriel Trarieux, né à Bordeaux le  et mort à Monte-Carlo le , est un homme de lettres français, d'abord poète et auteur dramatique, puis romancier et auteur d'ouvrages sur l'ésotérisme.

Il est le fils de Ludovic Trarieux, sénateur de la Girondeministre de la Justice et fondateur de la Ligue des droits de l’homme, et de Camille Faure. Venu à Paris à la suite de son père, il fait ses études au lycée Condorcet (où il se lie notamment d'amitié avec le futur peintre Maurice Denis), puis aux facultés de lettres et de droit. Il publie à l'âge de 20 ans un premier recueil de vers et ne tarde pas à se lancer dans le théâtre. Ses pièces, comme ses vers, sont bien accueillies, sans toutefois attirer un public nombreux. ( tiré de Wikipédia )


 

*** Photo : Paul Lacasse, Jardins du Château de Drée, France, 2010***

 

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** Photo : Paul Lacasse, Le trouverai-je un jour ?, Îles de la Madeleine, août 2007 ** 

 

Il n'y a pas d'amour heureux

 


Rien n'est jamais acquis à l'homme. Ni sa force,

Ni sa faiblesse, ni son coeur. Et quand il croit

Ouvrir ses bras, son ombre est celle d'une croix,

Et quand il croit serrer son bonheur, il le broie.

Sa vie est un étrange et douloureux divorce.

Il n'y a pas d'amour heureux



Sa vie, elle ressemble à ces soldats sans armes

Qu'on avait habillés pour un autre destin;

À quoi peut leur servir de se lever matin

Eux qu'on retrouve au soir désoeuvrés, incertains ?

Dites ces mots Ma vie. Et retenez vos larmes.

Il n'y a pas d'amour heureux


Mon bel amour, mon cher amour, ma déchirure

Je te porte dans moi comme un oiseau blessé

Et ceux-là sans savoir nous regardent passer

Répétant après moi les mots que j'ai tressés

Et qui, pour tes grands yeux, tout aussitôt moururent.

Il n'y a pas d'amour heureux


Le temps d'apprendre à vivre, il est déjà trop tard,

Que pleurent dans la nuit nos coeurs à l'unisson.

Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson,

Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson,

Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare.

Il n'y a pas d'amour heureux.


Il n'y a pas d'amour qui ne soit à douleur

Il n'y a pas d'amour dont on ne soit meurtri

Il n'y a pas d'amour dont on ne soit flétri

Et pas plus que de toi l'amour de la patrie

Il n'y a pas d'amour qui ne vive de pleurs.

Il n'y a pas d'amour heureux.

Mais c'est notre amour à tous les deux.

 

** Louis Aragon (La Diane Française, Seghers, 1946) **

 

L'ARDEUR DU DÉSERT...
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** Photo de Peter Holme III, Tempête de sable, sur Pinterest **

 

Trompeuse torpeur

Désert, solitude, silence.

Sous l'astre, le sable poudroie

L'air est brouillé, comme en démence

Un violent khamsin le charroie.


Les replis sans fin et brûlants

De ce vide immense et trompeur

Ondulent dans l'âpre torpeur

D'ergs millénaires mais changeants.


Et, maintenant figée, la dune,

Dans le froid bleuté de la lune,

S'endort par un calme idéal

Sous le ciel placide et royal.


Mais au jour, un réveil brutal

Gonfle des forces aveuglantes

Sur les caravanes passantes :

Grand nuage obscur et fatal.

 

** Paul Lacasse, «Des Sentiers Ombragés», p. 36 (Bouquinbec), décembre 2019 **

 

VISION

 

Une lune étrange

Glisse entre les nuages

Le vent du crépuscule

Déhanche les elfes


Sur l'étang ondoient

De pâles silhouettes

Cheveux de lin

Chants de sirènes


Dans le ciel sombre

Passent des ombres

Mirage et chaos

Horrible spirale


Le néant m'hypnotise

Il roule dans ma tête

Des âmes errantes

Accrochent mes chimères


L'enfer est sous mes pas

Volcan né d'une faille

Bouillonnant cratère

Perdant ses eaux brûlantes


Accouchant sa lave

entrailles de cendre

Écume incandescente

blanchie au clair de lune.

 

* Françoise Chapron *


** Photo Paul Lacasse, Dernières lueurs sur le fleuve, Cap-Rouge, 26 décembre 2010 ** 

 

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Je ne suis pas seul

 

Chargée

de fruits légers aux lèvres

 

Parée

de mille fleurs variées

 

Glorieuse

dans les bras du soleil

 

Heureuse

d'un oiseau familier

 

Ravie

d'une goutte de pluie

 

Plus belle

que le ciel du matin

Fidèle

 

Je parle d'un Jardin

Je rêve

 

Mais j'aime justement

 

** Paul Éluard, Les Médieuses, 1939 **

 

Photo : Paul Lacasse, Iris au Bois de Coulonge, juin 2020

 

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PHARE, FIDÈLE SENTINELLE...
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** Photo : Paul Lacasse, Le Phare du Cap des Rosiers, 2014 **  


Les Sentinelles


Il est un phare blanc au bout d'un promontoire
Ou planté sur le bout de quelque îlot rocheux
Résistant jour et nuit d'un air ostentatoire
Aux tempêtes poussant des vents impétueux.


On voit cette vigie, tel un mât dérisoire,
Coiffée d'un casque rouge et d'un oeil lumineux,
Tenir tête aux assauts, de lointaine mémoire,
Pour guider les bateaux par temps sombre ou brumeux.


Souvent le fleuve est calme où circule un navire
Et la tâche est discrète au fidèle gardien,
Mais qu'arrive l'orage et que l'onde chavire,
La haute tour repart son tournis quotidien.


Près du rivage où affleurent de noirs récifs
Le flot tumultueux a fracassé maints esquifs
Emprisonnant sous l'eau de nombreux équipages
Dont les restes se sont mêlés aux coquillages.


Longtemps après qu'on ait oublié leur histoire,
Parfois ces voyageurs qu'on croit au paradis
Hurlent au pied du phare et dans notre mémoire
Ravivant en nos coeurs d'horribles tragédies.


Combien le Saint-Laurent a vu de tristes fins,
Combien de corps sans vie roulent près des rochers
Faisant tinter leurs os comme de vieux clochers
Sonnant des angelus qu'imitent les dauphins!


* Paul Lacasse, Errances Fluviales (en préparation), été 2020 *


NOUS NE PARTIRONS PAS...

Patience (extrait)

 

en pays travaillé de froid, le feu loge en dessous

un grand silence de plaine bâillonne les montagnes-amours

 

rivières dans leurs os savent le chantage des glaces

chaque nuit reclaque des dents, rien n'y fera

ni la douleur, au fond certaine des tendresses nôtres

et pas davantage la promesse que

sur la langue, les mots fondraient d'amitié

rien ni personne, toi, moi, ni les autres semblables

tous tentés parfois de partir un peu vers un pays d'en haut

non

nous ne partirons pas

 

accrochés aux lambeaux d'inutile éternité

nous refusons la fin des fins

 

nous ne partirons pas

 

nous avons pleuré, nous avons sangloté

à la vue de cette terre insolite

et nous rirons, ah oui

quand viendra comme un soleil mis au nord

une bonne fois encore

 

le retournement total

 

** Jacques Brault (1933-…), La poésie ce matin (1971) **

 

Photo : Paul Lacasse, Froidure, janvier 2011.

 

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Carte postale

 

un lac gelé dans la buée du couchant

rose de pâques venue de l'au-delà

me rappelle aux confins de la terre septentrionale

(car une main fragile poursuit l'itinéraire

son écriture me survit)

 

tremblement des jours amoncelés

tendresse de la création, poussière et sang dompté

ardeur domestique du soleil et de tous les astres

passion

délire

colère

 

à la façon des fleurs séchées, les anges

habitent des feuillets solitaires

ne les quittent que pour d'austères envols

rares fêtes

missions de ressusciter l'enfance

et le temps de vivre

 

de telle sorte que se manifeste

épisodique

la mémoire de dieu et des larmes

la misère quotidienne d'être heureux

 

rien n'est simple

ni l'âme du vieux couple dans le dernier village

avant la fin des temps

ni la chaleur d'aimer

 

 

** Paul-Marie Lapointe (1929-… ), Le Réel absolu, poèmes 1948-1965.** 


FILS DÉCHU DE RACE SURHUMAINE...

Le cycle des bois et des champs

LIMINAIRE

 

Je suis un fils déchu de race surhumaine,

Race de violents, de forts, de hasardeux,

Et j'ai le mal du pays neuf, que je tiens d'eux,

Quand viennent les jours gris que septembre ramène.

 

Tout le passé brutal de ces coureurs des bois :

Chasseurs, trappeurs, scieurs de long, flotteurs de cages,

Marchands aventuriers ou travailleurs à gages,

M'ordonne d'émigrer par en haut pour cinq mois.

 

Et je rêve d'aller comme allaient les ancêtres;

J'entends pleurer en moi les grands espaces blancs

Qu'ils parcouraient, nimbés de souffles d'ouragans,

Et j'abhorre comme eux la contrainte des maîtres.

 

 

*Alfred Desrochers, 1929*

  

 

** Photo : Paul Lacasse, août 2015, Canots d'écorce. **

 

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LA FILLE AUX YEUX NOIRS...

La légende de la fille aux yeux noirs

 

A l'heure où le hibou hurle ses chants funèbres,

          Qui donc gémit ainsi ?

Qui donc ose venir pleurer dans les ténèbres

          Sur le morne obscurci ?

 

D'où partent ces éclats de rire ? Ce phosphore,

          Pourquoi va-t-il lécher

Ces deux crânes jaunis que le ver mange encore

          Et qu'il devra sécher ?

 

Est-ce pour voir passer un voyageur nocturne

          Que ce grand aigle noir

Là-bas, sur ce tombeau, dont il a brisé l'urne,

          Est accouru s'asseoir ?

 

Qui sait ? Mais chaque soir, quand se lève la lune

Deux squelettes hideux, poussant des cris confus,

Foulent, autour de lui, le sable de la dune,

          Avec leurs pieds fourchus.

 

 

Joseph LENOIR (1822-1861), Poèmes épars (posthume) 1916.

 

** Photo : Paul Lacasse, Nuée menaçante sur le mont Mégantic, octobre 2008.**

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JE SUIS LA TERRE ET L'EAU

 

Je suis la terre et l'eau, tu ne me passeras pas à gué, mon ami, mon ami

 

Je suis le puits et la soif, tu ne me traverseras pas sans péril, mon ami, mon ami

 

Midi est fait pour crever sur la mer, soleil étale, parole fondue, tu étais si clair, mon ami, mon ami

 

Tu ne me quitteras pas en essuyant l'ombre sur ta face comme un vent fugace, mon ami, mon ami

 

Le malheur et l'espérance sous mon toit brûlent, durement noués, apprends ces vieilles noces étranges, mon ami, mon ami

 

Tu fuis les présages et presses le chiffre pur à même tes mains ouvertes, mon ami, mon ami

 

Tu parles à haute et intelligible voix, je ne sais quel écho sourd traîne derrière toi, entends, entends mes veines noires qui chantent dans la nuit, mon ami, mon ami

 

Je suis sans nom ni visage certain; lieu d'accueil et chambre d'ombre, piste de songe et lieu d'origine, mon ami, mon ami

 

Ah quelle saison d'âcres feuilles rousses m'a donnée Dieu pour t'y coucher, mon ami, mon ami

 

Un grand cheval noir court sur les grèves, j'entends son pas sous la terre, son sabot frappe la source de mon sang à la fine jointure de la mort

 

Ah quel automne ! Qui donc m'a prise parmi des cheminements de fougères souterraines, confondue à l'odeur du bois mouillé, mon ami, mon ami

 

Parmi les âges brouillés, naissances et morts, toutes mémoires, couleurs rompues, reçois le coeur obscur de la terre, toute la nuit entre tes mains livrée et donnée, mon ami, mon ami

 

Il a suffi d'un seul matin pour que mon visage fleurisse, reconnais ta propre grande ténèbre visitée, tout le mystère lié entre tes mains claires, mon amour.

 

Anne Hébert, Poèmes, Éditions du Seuil, Paris. 1960

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Photo : Paul Lacasse, Sur la grève de Cap-Rouge, 26 juin 2015.

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SEREIN DEVANT L'OCÉAN...
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** Photo : Paul Lacasse, Vaste océan, septembre 2012.**

 

 

Épousailles avec l'océan

 

J'ai pris l'océan dans mes bras pour m'en faire

une femme,

j'ai effleuré sa froideur pour rafraîchir mon âme;

avec lui, j'étais serein, confiant.

Je l'ai senti plus fort que la terre

et plus résistant.

Il gronde mais sa constance me met en lieu sûr.

J'irai jusqu'au bout du monde

les yeux noyés dans son sel,

il tuera par ce fait les malchances de ma vie.

Il m'amènera près du bord quand il fera pluvieux

et quand son soleil reparaîtra, nous ferons

ensemble un voyage dans le temps.

Il me présentera à ses oiseaux,

mes frères qui piaillent;

nous nous reconnaîtrons dans notre paradis.

Il versera dans ma bouche à l'heure du berger

le ventre gonflé de ses coquilles

et je serai muni contre la maladie.

Quand il faudra partir comme le font les marins,

il bercera ma carcasse pleine de souvenirs

pour m'offrir en festin sa grandeur éternelle.

Et voilà que je pense. Part-on pour un besoin

d'absolu ?

 

* Sabine Poulin, La chair et l'eau, pages 22-23, Éditions de l'Arc, Sillery, 1970.*


SAVOIR PARTAGER SON PAIN...

Serions-nous plus humains?

 

Si l'on savait

rompre le pain

l'offrir au passant

 

si l'on savait

que l'horizon

allume les lampes

de tous les chemins

 

serions-nous de meilleurs humains?

 


@ Marcil Cossette, Du vent sur les épaules, p. 49, Éditions du Wampum, 2019.

 

PHOTO : Paul Lacasse

UN LANCEMENT RÉUSSI - UN GROUPE TRÈS CHALEUREUX !
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Aujourd'hui dimanche 9 février était un heureux jour de lancement du Recueil d'un membre de la Rive-Droite; Paul Lacasse vient de produire son premier Recueil de poésie, Des Sentiers Ombragés, dans lequel il tisse une trame entre l'Ombre et la Lumière. Divisé en 7 chapitres, son recueil explore le monde des souvenirs d'enfance… des expéditions géographiques… des éclats de la période amoureuse… des côtés sombres et plus ensoleillés de soi-même et du monde actuel… et des grandes questions existentielles souvent sans réponse.

La journée était éclatante de lumière dans la Bibliothèque Lauréat-Vallières de St-Romuald et un petit groupe des plus sympathique a contribué à animer la présentation, dirigée de main experte par notre vice-présidente de la Rive-Droite, Lyne Émond.

Un grand merci aux responsables de la Bibliothèque pour les locaux et l'organisation.

 

 

Rendez-vous

 

le silence arrive

tout n'est pas dit

de la brume

ni de la rencontre

 

au rendez-vous

des cœurs à l'ombre

le vin offre son rire

la nuit, un abri

 

le lierre en silence

gravit la muraille

sns tambour ni prophète

le cœur cherche un coeur

la main, une main

 

* Denis Béland, Papiers fragiles, 2019 *

 

-- Photo : Paul Lacasse, sud de la France, 2015 -- 


UNE BELLE RENCONTRE AU SAGUENAY
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Le dimanche 19 janvier dernier, l'auteur de "Des Sentiers Ombragés" a été chaleureusement accueilli par le Président de l'Association Québec-France Saguenay pour une conférence sur "Écrire et publier, un projet de retraite emballant", ainsi que pour faire la promotion de son Recueil de poésie.

Nombreuses parmi les personnes présentes se préparaient à publier ou l'avaient déjà fait. Ceci démontre un intérêt certain pour soit de l'écriture autobiographique soit pour de la poésie, par exemple.

Le conférencier se promet donc de poursuivre sa série de présentations à travers nos Régionales, en répondant à la demande des Association qui le désireront.

Un grand merci à Rosaire Gagnon et à Ghislaine pour leur accueil et pour tous les bons souvenirs échangés autour d'un bon repas devant un feu de bois dans une maison chaleureuse.

20e Festival des Chants de Marins 2019
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