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GLISSANT DANS LES BRUMES DU SOIR...

** En 1870, Fréchette fait un voyage en Louisiane. Et en 1873, le deux

centième anniversaire de la découverte du Mississipi par Louis Jolliet

lui inspire ce poème.

Nous présentons ici un extrait de la version publiée dans Les Fleurs boréales

en 1879. Dans ce poème, Fréchette évoque la découverte du fleuve Mississipi

-- nom d'origine amérindienne qui signifie «père des eaux» --

par Jolliet en 1873. 

 

On remarquera facilement les références aux grandes valeurs de l'époque :

d'abord l'utilisation des vers alexandrins, plus longs, cadencés

et majestueux, les références à la mère patrie (la France)

ainsi qu'à Dieu et à la religion catholique, au patriotisme ardent, et à cet

esprit missionnaire

qui guidait les découvreurs de l'époque. **

 

JOLLIET

DÉCOUVERTE DU MISSISSIPI

 

Le grand fleuve dormait couché dans la savane.

Dans les lointains brumeux passaient en caravane

De farouches troupeaux d’élans et de bisons.

Drapé dans les rayons de l’aube matinale,

Le désert déployait sa splendeur virginale

Sur d’insondables horizons.

 

Juin brillait. Sur les eaux, dans l’herbe des pelouses,

Sur les sommets, au fond des profondeurs jalouses,

L’Été fécond chantait ses sauvages amours.

Du Sud à l’Aquilon, du Couchant à l’Aurore,

Toute l’immensité semblait garder encore

La majesté des premiers jours.

 

Travail mystérieux! Les rochers aux fronts chauves,

Les pampas, les bayous, les bois, les antres fauves,

Tout semblait tressaillir sons un souffle effréné;

On sentait palpiter les solitudes mornes,

Comme au jour où vibra, dans l’espace sans bornes,

L’hymne du monde nouveau-né.

 

L’Inconnu trônait là dans sa grandeur première.

Splendide, et tacheté d’ombres et de lumière,

Comme un reptile immense au soleil engourdi,

Le vieux Meschacébé, vierge encor de servage,

Dépliait ses anneaux de rivage en rivage

Jusques au golfe du Midi.

 

Jolliet! Jolliet! quel spectacle féerique

Dut frapper ton regard, quand ta nef historique

Bondit sur les flots d’or du grand fleuve inconnu !

Quel sourire d’orgueil dut effleurer ta lèvre!

Quel éclair triomphant, à cet instant de fièvre,

Dut resplendir sur ton front nu !

....... 


Puis, bercé par la houle, et bercé par ses rêves,

L’oreille ouverte aux bruits harmonieux des grèves,

Humant l’acre parfum des grands bois odorants,

Rasant les îlots verts et les dunes d’opale,

De méandre en méandre, au fil de l’onde pâle,

Suivre le cours des flots errants !

 

A son aspect, du sein des flottantes ramures,

Montait comme un concert de chants et de murmures;

Des vols d’oiseaux marins s’élevaient des roseaux,

Et, pour montrer la route à la pirogue frêle,

S’enfuyaient en avant, traînant leur ombre grêle

Dans le pli lumineux des eaux.

......

 

O grand Meschacébé! voyageur taciturne,

Bien des fois, au rayon de l’étoile nocturne,

Sur tes bords endormis je suis venu m’asseoir;

Et là, seul et rêveur, perdu sous les grands ormes,

J’ai souvent du regard suivi d’étranges formes

Glissant dans les brumes du soir.

 

Parfois, sous les taillis, ma prunelle trompée

Croyait voir de La Salle étinceler l’épée;

Et parfois, groupe informe allant je ne sais où,

Devant une humble croix, -ô puissance magique !

De farouches guerriers à l’oeil sombre et tragique

Passer en pliant le genou !

 

Et puis, berçant mon âme aux rêves des poètes,

J’entrevoyais aussi de blanches silhouettes,

Doux fantômes flottant dans le vague des nuits,

Atala, Gabriel, Chactas, Evangeline,

Et l’ombre de René, debout sur la colline,

Pleurant ses immortels ennuis.

 

Et j’endormais ainsi mes souvenirs moroses...

Mais de ces visions poétiques et roses

Celle qui plus souvent venait frapper mon oeil,

C’était, passant au loin dans un reflet de gloire,

Ce hardi pionnier dont notre jeune histoire

Redit le nom avec orgueil.

 

** Louis Fréchette  ***

 

*** Photo de Paul Lacasse, Grève brumeuse du soir, été 2020 ***

 

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LES OISEAUX EN CAGE


Dans toute cage il y a deux oiseaux :

Si tu ne les entends pas, tu es sourd;

Il y a deux oiseaux dans toute cage :

Si tu ne les vois pas, tu es aveugle.


Dans toute cage il y a deux oiseaux,

Et deux hommes en tout homme.


Dans toute cage, il y a un oiseau

Qui pleure le Paradis terrestre;

Il y a un oiseau dans toute cage

Qui pleure l’infini défendu.


Dans toute cage il y a deux oiseaux :

L’un rêve du verger, l’autre du ciel.


Dans toute cage, il y a un oiseau

Qui siffle pour que le soleil se lève;

Il y a un oiseau dans toute cage

Qui siffle pour que la lune se dévoile.


Dans toute cage il y a deux oiseaux :

L’un dit la vie, l’autre la mort.


Dans toute cage, il y a un oiseau

Qui soupire après son frère;

Il y a un oiseau dans toute cage

Qui désespère d’être entendu.


Dans toute cage il y a deux oiseaux :

Chacun voudrait tromper sa solitude.


Il y a deux oiseaux dans toute cage

Qui seront délivrés un jour,

Et deux hommes en tout homme

Qui cesseront de souffrir ensemble.

 

*** Alphonse SÈCHE *** 


 
HIRONDELLE BLEUE ET BLANCHE... DANS LES PRAIRIES FAMILIÈRES...
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Compagne familière



L’aigle plane; il aime scruter des airs,

Au sol tout en bas, les petits rongeurs.

Le condor surplombe les cordillères

En maître incontesté de ces hauteurs.



Ces orgueilleux et puissants volatiles

S'élèvent aux univers solitaires,

Pour observer les minuscules files

S’agitant au raz des lointains parterres.



D’autres oiseaux choisissent, un moment,

De s’élever en mainte pirouette,

Très haut, lançant les trilles de leur chant :

Ainsi s’exprime la fière alouette !



Mais l’on voit tout près de nous, bleue et blanche,

Batifoler, voler à tire d’aile,

Et, d’un peu de boue au dos d’une planche,

Maçonner son nid : voilà l’hirondelle !

 

Fi des hauteurs, des mondes solitaires !

Elle habite près des gens, des maisons,

Afin de mieux veiller ses nourrissons

Juste à l’orée des prairies familières.



Ainsi de toi : il te faut la présence

Amicale et complice des humains;

Tu veux combler les enfants sans défense

De l’amour, de la bonté de tes mains.



Tu puises aux sources de la nature

Harmonie, complicité et beauté;

Tu répands près de toi cette mouture

Nourrie au meilleur de l’humanité.



Comme hirondelle, tu maries la Terre,

Dans sa proximité bien familière,

Au Ciel sans fin abritant le mystère

Où se hausse ton âme à la lumière.



La Terre et le Ciel. Comme l’hirondelle.



@ Paul Lacasse -- Le 21 février 2010

 

Les musulmanes 

 

(dédié à Camille de Sainte-Croix)


Vous cachez vos cheveux, la toison impudique,
Vous cachez vos sourcils, ces moustaches des yeux,
Et vous cachez vos yeux, ces globes soucieux,
Miroirs pleins d'ombre où reste une image sadique ;

L'oreille ourlée ainsi qu'un gouffre, la mimique
Des lèvres, leur blessure écarlate, les creux
De la joue, et la langue au bout rose et joyeux,
Vous les cachez, et vous cachez le nez unique !

Votre voile vous garde ainsi qu'une maison
Et la maison vous garde ainsi qu'une prison ;
Je vous comprends : l'Amour aime une immense scène.

Frère, n'est-ce pas là la femme que tu veux :
Complètement pudique, absolument obscène,
Des racines des pieds aux pointes des cheveux ?

Germain Nouveau.

 

 

En forêt

 

Dans la forêt étrange, c'est la nuit,

C'est comme un noir silence qui bruit.


Dans la forêt, ici blanche et là brune,

En pleurs de lait filtre le clair de lune.


Un vent d'été, qui souffle on ne sait d'où,

Erre en rêvant comme une âme de fou.


Et sous des yeux d'étoile épanouie,

La forêt chante avec un bruit de pluie.


Parfois il vient des gémissements doux,

Des lointains bleus pleins d'oiseaux et de loups;


Il vient aussi des senteurs de repaires;

C'est l'heure froide où dorment les vipères,


L'heure où l'amour s'épeure au fond du nid,

Où s'élabore en secret l'aconit;


Où l'être qui garde une chère offense,

Se sentant seul et loin des hommes, pense.


Pourtant la lune est bonne dans le ciel,

Qui verse, avec un sourire de miel,


Son âme calme et ses pâleurs amies

Au troupeau roux des roches endormies.

 

 

** Germain Nouveau (1851 - 1920) - Recueil : Premiers poèmes **


*** Photo : Paul Lacasse, Madère, octobre 2017 ***

 

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Un matin

C'était, dans la campagne émerveillée, un coin

où la prairie au clair brillait comme un visage,

où deux grands étangs bleus s'arrondissaient au loin,

comme un double baiser du ciel au paysage.


Sur les mousses de vair et les pierrailles d'or,

les eaux, comme des pleurs d'or, s'égouttaient, blanches;

l'éclair d'un vol d'oiseaux frôlait le sol, l'essor

rythmé, suivant le va-et-vient, au vent, des branches.


Des mélèzes frangés tendaient leurs bras ouverts

comme des pèlerins tournés vers la lumière.

L'ombre dormait sous eux, parmi les gazons verts,

et s'inclinait vers les miroirs d'argent de la rivière.


Les cristaux du matin étincelaient dans l'air;

toute la vie ornait le silence des choses,

toutes les feuilles brillaient d'un mouvement clair

et le Verbe tremblait sur leurs lèvres décloses.

 

Émile Verhaeren  1855 - 1916

 

*** Photo : Paul Lacasse, Féérie matinale en Auvergne, France, octobre 2010 ***

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Le grelot de l'espoir

Ils entendent tinter le grelot

de l'autre côté du brouillard

à l'orée d'un autre monde

 

ils vont vers l'autre Vie

au pas serein de leur monture

au sommet des Himalayas

dans ces paysages de versants escarpés

d'air raréfié, de pentes rocailleuses

où la prudence est le pain quotidien

où la hâte n'existe pas

où le voyage ne se fait que lentement

au gré du souffle précieux de la Vie !

 

l'éternité est là, l'éternité les attend

et les enveloppe. Ils vont ainsi

vers la rencontre lointaine

vers l'étoile qui les appelle !

 

*** Paul Lacasse, L'Archipel du rêve, p. 72, édité chez Bouquinbec, novembre 2020 ***

 

** Photo : Paul Lacasse, Il neige en hauteur, janvier 2008, Patagonie **

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BONNE FÊTE NATIONALE !
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Goût de racines

Goût de racines dans le coeur,

Caresses d'érable dans les veines,

Je suis humus, brise, ruisseau, étincelle,

J'ai des merveilles à partager.

 

J'habite des terres en jachère, des terres inachevées,

Mes guérêts sont déserts.

Il manque toujours bras et ferveurs.

 

Sèmerons samares du pays,

samares que le temps couvera.

Nos attentes seront longues comme laminaires,

Mais nos patiences ont tête dure.

 

J'ai un goût de racines dans le coeur.

 

** Émile Roberge, L'Aube d'un siècle, page 21, Éditions Humanitas, 2009 **



 
HOMMAGE À UN GRAND HISTORIEN DU QUÉBEC
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Hommage au grand historien JACQUES LACOURSIÈRE (1932-2021).


Durant les années 60, j'ai eu le privilège de travailler dans son équipe, celle du journal historique

Le Boréal Express. Il était un historien exceptionnel. Durant sa longue vie, il a voulu et il a su vulgariser

l'histoire du Québec sous différentes formes: les livres, les émissions de télévision, les émissions de radio,

les séries historiques en vidéo, etc. On lui doit la très populaire série, en 12 volumes:

Nos racines - L'histoire vivante des Québécois.

Au milieu des années 90, avec Marcel Masse, Francine Lelièvre et Henri Rethoré, il a mis sur pied la

Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs (CFQLMC).

Il en a été le premier secrétaire.

J'offre mes sincères condoléances à la conjointe et aux enfants de ce grand historien québécois.

Je vous invite à écouter Denis Vaugeois, historien et ancien ministre québécois de la Culture…

 

Roger Barrette

 

 

 
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David Zukerman remporte

 

le Prix littéraire 2021

 

Québec-France

 

Marie-Claire-Blais 

 

 

Québec, le 9 avril 2021

 

- Le président du Réseau


Québec-France / francophonie,


M. André-P. Robert,

 

est heureux

 

d'annoncer l'attribution du

 

Prix littéraire Québec-France 

 

Marie-Claire-Blais

 

à David Zukerman pour son roman San Perdido,

 

paru aux Éditions Calmann-Lévy en janvier 2019. 

 

Qu’est-ce qu’un héros, sinon un homme qui réalise un jour les rêves secrets de tout un peuple ? Un matin de printemps, dans la décharge à ciel ouvert de San Perdido, petite ville côtière du Panama, apparaît un enfant noir aux yeux bleus. Un orphelin muet qui n’a pour seul talent apparent qu’une force singulière dans les mains. Il va pourtant survivre et devenir une légende.

Sous la forme d’un conte, l’oeuvre gagnante nous entraîne dans le Panama des années 1950, où un jeune justicier vient en aide aux femmes et aux plus démunis. Un roman teinté de fantastique, à la fois fascinant et surprenant et à l’intrigue bien ficelée qui fut un véritable coup de coeur pour de nombreux lecteurs!

San Perdido a reçu la meilleure note des trois livres finalistes soumis aux lecteurs des comités de lecture des Associations Québec-France.

 

 
... LE VENT S'EST PRIS DANS UNE HARPE

La langue de chez nous

 

C'est une langue belle avec des mots superbes

Qui porte son histoire à travers ses accents

Où l'on sent la musique et le parfum des herbes

Le fromage de chèvre et le pain de froment



Et du Mont-Saint-Michel jusqu'à la Contrescarpe

En écoutant parler les gens de ce pays

On dirait que le vent s'est pris dans une harpe

Et qu'il en a gardé toutes les harmonies



Dans cette langue belle aux couleurs de Provence

Où la saveur des choses est déjà dans les mots

C'est d'abord en parlant que la fête commence

Et l'on boit des paroles aussi bien que de l'eau



Les voix ressemblent aux cours des fleuves et des rivières

Elles répondent aux méandres, au vent dans les roseaux

Parfois même aux torrents qui charrient du tonnerre

En polissant les pierres sur le bord des ruisseaux



C'est une langue belle à l'autre bout du monde

Une bulle de France au nord d'un continent

Sertie dans un étau mais pourtant si féconde

Enfermée dans les glaces au sommet d'un volcan



Elle a jeté des ponts par-dessus l'Atlantique

Elle a quitté son nid pour un autre terroir

Et comme une hirondelle au printemps des musiques

Elle revient nous chanter ses peines et ses espoirs



Nous dire que là-bas dans ce pays de neige

Elle a fait face aux vents qui soufflent de partout,

Pour imposer ses mots jusque dans les collèges

Et qu'on y parle encore la langue de chez nous



C'est une langue belle à qui sait la défendre

Elle offre les trésors de richesses infinies

Les mots qui nous manquaient pour pouvoir nous comprendre

Et la force qu'il faut pour vivre en harmonie



Et de l'Île d'Orléans jusqu'à la Contrescarpe

En écoutant chanter les gens de ce pays

On dirait que le vent s'est pris dans une harpe

Et qu'il a composé toute une symphonie

 

** Chanson de Yves Duteil **

 

*** Photo : Paul Lacasse, Chloe la harpiste, France, septembre 2010 ***

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UNE AMITIÉ FRANCO-QUÉBÉCOISE BIEN ENRACINÉE !
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UNE AMITIÉ BIEN ENRACINÉE !

Un tableau de Jean Meilleur, président fondateur de la Régionale de la Rive-Droite-de-Québec, illustre à merveille cette courte phrase sur la profonde amitié franco-québécoise. 

Et cette photo de 3 femmes significatives des opérations de notre Maison Fornel l'illustre tout aussi bien. On voit ici l'adjointe administrative pendant près de 25 ans, Diane Vaillancourt, accompagnée des 2 stagiaires Raphaëlle Renaudin et Lucille Hutchison, prenant leur dîner sur le balcon (rue Saint-Pierre), peu avant la fermeture abrupte de notre quartier général.

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 J'irai... 

 

J'irai m'asseoir un matin

au fond de ton coeur.

Respirer l'air de tes chemins,

parfum de ciel ou de fleurs.

Écouter le chant de ton histoire,

les mains en prière,

sans pensée ni regard,

m'abandonner pour te connaître.


J'irai dormir sous tes étoiles,

toucher à celles qui te parlent,

ressentir la force de ta voile

lorsque le vent agite ton âme.


J'irai saluer tes jours fragiles,

apercevoir qu'au bout de toi-même,

il existe des horizons

d'une beauté sans gêne.


J'irai nager dans l'eau de ta foi,

celle qui berce tes faiblesses,

parce que tu m'as déjà dit, je crois,

que ceux qui nous aiment

voyagent en nous en secret.


Isabelle Lavoie

 

** Photo : Paul Lacasse, Au bout de l'horizon, Bas du fleuve, 30-07-2014 **


 

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Le rêve du jaguar

 

Sous les noirs acajous, les lianes en fleur,


Dans l'air lourd, immobile et saturé de mouches,


Pendent, et, s'enroulant en bas parmi les souches,


Bercent le perroquet splendide et querelleur,


L'araignée au dos jaune et les singes farouches.

 


C'est là que le tueur de boeufs et de chevaux,


Le long des vieux troncs morts à l'écorce mou
ssue,

Sinistre et fatigué, revient à pas égaux.

Il va, frottant ses reins musculeux qu'il bossue ;


Et, du mufle béant par la soif alourdi,


Un souffle rauque et bref, d'une brusque secousse,


Trouble les grands lézards, chauds des feux de midi,


Dont la fuite étincelle à travers l'herbe rousse.

 


En un creux du bois sombre interdit au soleil


Il s'affaisse, allongé sur quelque roche plate ;


D'un large coup de langue il se lustre la patte ;


Il cligne ses yeux d'or hébétés de sommeil ;

Et, dans l'illusion de ses forces inertes,


Faisant mouvoir sa queue et frissonner ses flancs,


Il rêve qu'au milieu des plantations vertes,


Il enfonce d'un bond ses ongles ruisselants


Dans la chair des taureaux effarés et beuglants.


*** Leconte de Lisle - Poèmes barbares *** 

 

 

 

 

 

 

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