QUÉBEC-FRANCE Rive-Droite de Québec
DES FALAISES ROUGES...

Barachois

 

Un barrage

entre le jour et

le rêve,

précaire et

tremblant

au bord des

falaises rouges.

Le scribe n'a rien noté.

La marée coule

entre l'amertume et

la sueur des sables noirs.

 

 

Embuscades

 

l'embuscade à l'aube

les poètes n'écrivent plus

le monde s'enfonce dans l'univers

des trous violets apparaissent

et le cerveau tourne mal –

 

paysage de transformations

d'expériences outre-corps

l'imaginaire devient tout –

 

embuscade de langage,

le verbe tordu, une voix

impossible à comprendre,

on garde des pages imbéciles

des marques trop noires

des lettres formées à l'horizon

de la peau, à la conjonction

de cette surface lisse

et de celle qui l'a précédée.

 

** Andréa Moorhead, Sanctuaire, Estuaire, no 107, 2001, pages 35 et 39 **

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SEREIN DEVANT L'OCÉAN...
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** Photo : Paul Lacasse, Vaste océan, septembre 2012.**

 

 

Épousailles avec l'océan

 

J'ai pris l'océan dans mes bras pour m'en faire

une femme,

j'ai effleuré sa froideur pour rafraîchir mon âme;

avec lui, j'étais serein, confiant.

Je l'ai senti plus fort que la terre

et plus résistant.

Il gronde mais sa constance me met en lieu sûr.

J'irai jusqu'au bout du monde

les yeux noyés dans son sel,

il tuera par ce fait les malchances de ma vie.

Il m'amènera près du bord quand il fera pluvieux

et quand son soleil reparaîtra, nous ferons

ensemble un voyage dans le temps.

Il me présentera à ses oiseaux,

mes frères qui piaillent;

nous nous reconnaîtrons dans notre paradis.

Il versera dans ma bouche à l'heure du berger

le ventre gonflé de ses coquilles

et je serai muni contre la maladie.

Quand il faudra partir comme le font les marins,

il bercera ma carcasse pleine de souvenirs

pour m'offrir en festin sa grandeur éternelle.

Et voilà que je pense. Part-on pour un besoin

d'absolu ?

 

* Sabine Poulin, La chair et l'eau, pages 22-23, Éditions de l'Arc, Sillery, 1970.*


 

Elle arrive enfin

 

sous la lueur blafarde

au milieu de la rue

j'aperçois et je ne suis plus tranquille

la lune si peu lunaire de son visage

son corps de beaucoup plus puissant que la stature informe

des hauts voyages

des défis qui conservent le statu quo

 

derrière elle

toutes les lumières électroniques se sont éteintes

sa clarté emplit à dégoûter

tous les astres de la lumière

la rue la ville la terre le ciel qui rougeoie devant le festin

                                éternel

et temporaire

de la douleur de se sentir quand même sortir de soi-même

pour n'y plus revenir

 

Chloé de son masque soumis

 

LA FEMME

 

Chloé sempiternellement nue

 

Chloé que la terre entière clouerait sur une croix

si la terre entière savait ce que Chloé est

ce que la rédemption que Chloé m'apporte à moi tout seul

et Chloé n'est pas un flambeau hypocrite

qui affiche ses penchants pédérastes aux bateaux

qui affiche

symboliquement libertaire

les tares contraires au principe de son nom

 

CHLOÉ MA-LA FEMME

 

 

* Louis Geoffroy, dans Estuaire, no 107, décembre 2001, pages 71-72 *

 

LA FILLE AUX YEUX NOIRS...

La légende de la fille aux yeux noirs

 

A l'heure où le hibou hurle ses chants funèbres,

          Qui donc gémit ainsi ?

Qui donc ose venir pleurer dans les ténèbres

          Sur le morne obscurci ?

 

D'où partent ces éclats de rire ? Ce phosphore,

          Pourquoi va-t-il lécher

Ces deux crânes jaunis que le ver mange encore

          Et qu'il devra sécher ?

 

Est-ce pour voir passer un voyageur nocturne

          Que ce grand aigle noir

Là-bas, sur ce tombeau, dont il a brisé l'urne,

          Est accouru s'asseoir ?

 

Qui sait ? Mais chaque soir, quand se lève la lune

Deux squelettes hideux, poussant des cris confus,

Foulent, autour de lui, le sable de la dune,

          Avec leurs pieds fourchus.

 

 

Joseph LENOIR (1822-1861), Poèmes épars (posthume) 1916.

 

** Photo : Paul Lacasse, Nuée menaçante sur le mont Mégantic, octobre 2008.**

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L'ASSOCIATION QUÉBEC-FRANCE CÉLÈBRE SES 50 ANS...
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50 ANS


 

 

 


 

D'ESSOR ET DE RÉSILIENCE


L'Association Québec-France célèbre ses 50 ans en 2021. Elle invite donc chacune des Association régionales à participer à la Fête en décrivant - avec une page et une photo représentative - ce qui fait sa couleur, sa personnalité. Avec rigueur… et avec humour.

Chacun de ces portraits sera réuni dans une Publication (ou une Revue) où s'ajouteront également un historique de notre fondation, un résumé des principales étapes de la vie de notre Association, un hommage à diverses personnalités qui l'ont marquée, les Programmes et activités qui ont jalonné son parcours, le rôle majeur de la Maison Fornel dans le soutien de nos activités, les grands moments de notre vie associative… de même que la grande résilience dont nous avons dû faire preuve depuis les 15 dernières années.

Un Comité spécial a été mis sur pied afin d'assurer la production de cette Publication spéciale et lui donner une couleur spécifique qui orientera nos actions des prochaines années. Font partie de ce comité Nicole Blouin, Francine Bouchard, Jacques Fortin, André Poulin, Denis Racine, et Paul Lacasse à titre de coordonnateur et producteur de la Publication. Notre président national André Robert participe également à nos rencontres virtuelles, et l'archiviste Pierre Benoît, qui a colligé tout ce qui s'est écrit et publié sur l'Association Québec-France, agit comme personne ressource indispensable pour l'enrichissement visuel de la future Revue.

Nous souhaitons vivement pouvoir retracer des anciens et des sages qui étaient aux premiers temps de notre Association, autant comme Directeurs généraux, Présidents nationaux, Fondateurs de Régionales, Responsables de Commissions ou de Programmes… afin d'utiliser leur mémoire des événements pour mieux illustrer notre Publication souvenir.

Tous les Présidents des Associations régionales ont été sollicités pour prendre en charge ou confier à un/e Répondant/e la rédaction de leur page régionale. Nous espérons ainsi pouvoir donner à cette publication une vraie couleur régionale exprimant les diverses particularités et richesses de la vie régionale de nos Associations.

Mais nous voulons que cette Revue de notre histoire soit fortement ouverte sur l'avenir immédiat ou prochain de la relation franco-québécoise. C'est ainsi que cette Publication souvenir présentera des pistes d'avenir en vue de réinventer et de solidifier nos relations avec la France.

La publication spéciale parue pour nos 40 ans illustrait bien le dynamisme de notre vie régionale. Nous souhaitons que celle de nos 50 ans soit tout aussi vivante et porteuse de promesses d'avenir concrètes.

 
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MOMENTS

 

I-

Je suis au petit début

Imprécis d'une journée

Que la pendule tapote,

Doucement, comme une glaise,

Pour lui faire un avenir.


Le grand silence m'enclôt

Comme en une serre chaude

Où ma peine doit mûrir.


Il ne se peut pas que j'aie

Attendu l'aurore en vain.

Il faut qu'il y ait, pour moi,

Le commencement, aussi,

De quelque chose…


IV-

Minuit. La mesure est pleine.

L'horloge rend compte

Au temps de toutes les heures

Qu'on lui a confiées.

L'horloge sonne et fait sa caisse.


La nuit referme ses portes,

Et tous les clochers

Relèvent, au loin, les distances.

J'écoute mon coeur

Battre au centre de ma chair.

 


Jean Aubert LORANGER, Moments (extraits) 1922.

 

 

 

JE SUIS LA TERRE ET L'EAU

 

Je suis la terre et l'eau, tu ne me passeras pas à gué, mon ami, mon ami

 

Je suis le puits et la soif, tu ne me traverseras pas sans péril, mon ami, mon ami

 

Midi est fait pour crever sur la mer, soleil étale, parole fondue, tu étais si clair, mon ami, mon ami

 

Tu ne me quitteras pas en essuyant l'ombre sur ta face comme un vent fugace, mon ami, mon ami

 

Le malheur et l'espérance sous mon toit brûlent, durement noués, apprends ces vieilles noces étranges, mon ami, mon ami

 

Tu fuis les présages et presses le chiffre pur à même tes mains ouvertes, mon ami, mon ami

 

Tu parles à haute et intelligible voix, je ne sais quel écho sourd traîne derrière toi, entends, entends mes veines noires qui chantent dans la nuit, mon ami, mon ami

 

Je suis sans nom ni visage certain; lieu d'accueil et chambre d'ombre, piste de songe et lieu d'origine, mon ami, mon ami

 

Ah quelle saison d'âcres feuilles rousses m'a donnée Dieu pour t'y coucher, mon ami, mon ami

 

Un grand cheval noir court sur les grèves, j'entends son pas sous la terre, son sabot frappe la source de mon sang à la fine jointure de la mort

 

Ah quel automne ! Qui donc m'a prise parmi des cheminements de fougères souterraines, confondue à l'odeur du bois mouillé, mon ami, mon ami

 

Parmi les âges brouillés, naissances et morts, toutes mémoires, couleurs rompues, reçois le coeur obscur de la terre, toute la nuit entre tes mains livrée et donnée, mon ami, mon ami

 

Il a suffi d'un seul matin pour que mon visage fleurisse, reconnais ta propre grande ténèbre visitée, tout le mystère lié entre tes mains claires, mon amour.

 

Anne Hébert, Poèmes, Éditions du Seuil, Paris. 1960

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Photo : Paul Lacasse, Sur la grève de Cap-Rouge, 26 juin 2015.

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 ** Tableau du peintre DESO, Jolie fleur. **

 

NEW YORK

 

Échafaudage sur la mer

terre à carreaux

où tombe de haut, la nuit, le mystère.

Ciel nouveau

métallique

fait pour la radio

et l'ampoule électrique.

Mante sans maille

et centre de la faille

qui va rejoindre l'Europe

sur même longitude.

Azur perforé

dont la terre est un boulon.

Écran sidéral

où s'illustre la journée

comme un rêve sans fond

par où s'en va hautaine

l'âme américaine.

 

Jean-Charles Doyon (1905-1966)

L'ARDEUR DU DÉSERT...
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** Photo de Peter Holme III, Tempête de sable, sur Pinterest **

 

Trompeuse torpeur

Désert, solitude, silence.

Sous l'astre, le sable poudroie

L'air est brouillé, comme en démence

Un violent khamsin le charroie.


Les replis sans fin et brûlants

De ce vide immense et trompeur

Ondulent dans l'âpre torpeur

D'ergs millénaires mais changeants.


Et, maintenant figée, la dune,

Dans le froid bleuté de la lune,

S'endort par un calme idéal

Sous le ciel placide et royal.


Mais au jour, un réveil brutal

Gonfle des forces aveuglantes

Sur les caravanes passantes :

Grand nuage obscur et fatal.

 

** Paul Lacasse, «Des Sentiers Ombragés», p. 36 (Bouquinbec), décembre 2019 **

 
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 ** Photo : Paul Lacasse, «Grève du soir», août 2011 **

 

Ode au Saint-Laurent (1961) --  Gatien Lapointe

Et je situerai l’homme où naît mon harmonie

Ma langue est d’Amérique
Je suis né de ce paysage
J’ai pris souffle dans le limon du fleuve
Je suis la terre et je suis la parole
Le soleil se lève à la plante de mes pieds
Le soleil s’endort sous ma tête
Mes bras sont deux océans le long de mon corps
Le monde entier vient frapper à mes flancs
[…]

Je suis un temps jumeau et solitaire
Je suis un lieu de pollens et de cendres

J’ai toute la confusion d’un fleuve qui s’éveille

Quel arbre quelle bête m’indiquera mon chemin
Je pose dans l’instant les poutres de l’année
J’enferme dans un épi toute la prairie

Je fais de chaque blessure un berceau
Je recrée en moi les sept jours du monde
Je vais de souvenir en avenir
Je vais du cri du sang aux yeux de la beauté
J’essaie de voir et de parler avec mon corps

Je ne puis qu’éteindre mon cœur en pleine nuit

O que sourde le premier visage de l’homme
Et que j’entende son premier récit

Je mêle ma langue aux racines enneigées
Je mêle mon souffle à la chaleur du printemps
Je m’imprègne de chaque odeur
J’invente des nombres j’invente des images
Je me construits des lettres avec du limon
Je plante des mots dans la haute plaine
Et cela surgit soudain à ras d’horizon
Comme un homme plein de barbe et plein de rosée

L’homme naît d’un frisson du ciel et de la terre
Je m’accomplirai dans les pas du temps

Je vois dans une phrase l’espace de l’homme

 

** Gatien Lapointe (1931 - 1983), Ode au Saint-Laurent **

 

 

 

 Qui ne connaît pas ou n'a pas entendu la célèbre chanson acadienne «Évangéline» ?

Le sombre épisode de la Déportation des Acadiens a donné naissance à cette légende. Ce fut une très triste histoire, orchestrée par le gouverneur Lawrence, qui déclara : «Le succès qui a permis aux armées de Sa Majesté d'en terminer avec les problèmes que les Français avaient créés dans la Province, me donne une opportunité favorable de réduire la population française de cette colonie à obéissance à Sa Majesté et à Son Gouvernement, ou de les forcer à quitter le pays...» (Lettre du 2 août 1758)

 

ÉVANGÉLINE - Henry W. Longfellow

 

I- ( 1er extrait )


Dans un vallon riant où mouraient tous les bruits,

Où les arbres ployaient sous le poids de leur fruits,

Groupant comme au hasard ses coquettes chaumines,

On voyait autrefois près du Bassin des Mines

Un tranquille hameau fièrement encadré,

C'était, sous un beau ciel, le hameau de Grand-Pré.


Du côté du levant, les champs, vaste ceinture,

Offraient à cent troupeaux une grasse pâture.


De là son nom. Souvent alors les flots amers

S'épanchaient sur ces bords par maints endroits divers.

Les fermiers vigilants, sans souci des fatigues,

Élevèrent partout de gigantesques digues.

En certaines saisons, ils allaient les ouvrir,

Et, libre, l'océan se hâtait de couvrir

Les fertiles sillons devenus son domaine.


Au couchant, au midi, jusqu'au loin dans la plaine

On voyait des vergers et des bosquets d'ormeaux.

Ici, le lin berçait ses frêles chalumeaux,

Là, le blé jaunissant, ses tiges les plus actives.

Vers le nord s'étendaient les forêts primitives;

Le sombre Blomidon dressait son front altier;

Et sur les monts abrupts, sans ombre ni sentier,

Des brumes, des brouillards aux formes inconstantes,

S'agitaient comme un camp qui déroule ses tentes,

Ou semblaient admirer l'heureux vallon. Jamais

Ces vapeurs de la mer ne quittaient leurs sommets.


*Photo : Paul Lacasse, Vue du haut du Cap Blomidon, Nouvelle-Écosse, 1er août 2010.*

 

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LA DANSE DU BLÉ MUR DANS LA PRAIRIE
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* Photo : Paul Lacasse, Champ de blé mûr, Ham-Sud, août 2007 * 

 

Rêverie sur le perron


Quand ma sœur, le matin, s'en allait à l'école,

J'occupais mes quatre ans à jouer dans le sable

Sous l'abri familier du tronc d'un grand érable.

J'y traçais des chemins bordés d'une rigole

Je créais des jardins où je plantais des fèves

Et je guettais pousser mes plantes et mes rêves.


Certains jours je restais cantonné au perron

Étendu sous le banc, au risque d'une écharde.

Enroulé sur moi-même, à l'abri du suroît,

J'y écoutais le vent s'infiltrer sous la garde

Et j'entendais le temps gémir son désarroi

Dans le son modulé d'une triste chanson.


Par la mince embrasure courant sous le mur

Et m'offrant un tableau propre à la rêverie,

J'observais, bien caché, la danse du blé mûr

Animer un ballet sur toute la prairie.

En rêveur indolent, je goûtais simplement

Le message du vent dans son long sifflement.


Et pendant que ma mère étendait sa lessive

D'un geste sûr et vif et la mine pensive

En puisant sur le banc, au dessus de ma tête,

Une épingle à ressort au fond de sa corbeille

Seul dans mon univers, je poursuivais ma quête

De la plainte du vent soufflant à mon oreille.


Rempli de sa rumeur, engourdi, concentré

Longtemps je restais là sous le vieux banc rustique

Dans ce coin du perron, bizarrement cloîtré

À mettre en harmonie ma tête et la musique

Que faisait la nature à l'oreille attentive

D'un enfant qu'habitait l'inaction créative.

 

* Paul Lacasse, dans «Des Sentiers Ombragés», p. 29, (Bouquinbec), novembre 2019 *


RÊVE BRUTAL ET SANGLANT...

 

Le rêve du jaguar

 

Sous les noirs acajous, les lianes en fleur,

Dans l'air lourd, immobile et saturé de mouches,

Pendent et, s'enroulant en bas parmi les souches,

Bercent le perroquet splendide et querelleur,

L'araignée au dos jaune et les singes farouches.

  

C'est là que le tueur de bœufs et de chevaux,

Le long des vieux troncs morts à l'écorce moussue,

Sinistre et fatigué, revient à pas égaux.

 

Il va, frottant ses reins musculeux qu'il bossue

Et, du mufle béant par la soif alourdi,

Un souffle rauque et bref, d'une brusque secousse,

Trouble les grands lézards, chauds des feux de midi,

Dont la fuite étincelle à travers l'herbe rousse.

 

En un creux du bois sombre interdit au soleil

Il s'affaisse, allongé sur quelque roche plate;

D'un large coup de langue il se lustre la patte;

Il cligne ses yeux d'or hébétés de sommeil;

Et, dans l'illusion de ses forces inertes,

Faisant mouvoir sa queue et frissonner ses flancs,

Il rêve qu'au milieu des plantations vertes,

Il enfonce d'un bond ses ongles ruisselants

Dans la chair des taureaux effarés et beuglants.

 

* Leconte de Lisle, Poèmes Barbares *

 

** Photo : Paul Lacasse, Lac Aylmer 2013, Pavillon de la Faune **

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SAVOIR PARTAGER SON PAIN...

Serions-nous plus humains?

 

Si l'on savait

rompre le pain

l'offrir au passant

 

si l'on savait

que l'horizon

allume les lampes

de tous les chemins

 

serions-nous de meilleurs humains?

 


@ Marcil Cossette, Du vent sur les épaules, p. 49, Éditions du Wampum, 2019.

 

PHOTO : Paul Lacasse

 
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L'Hymne de la Résistance (France, 1940-1945) 

 

Ce chant est appelé «L'Hymne de la Résistance française», qu'on chantait ou fredonnait discrètement pendant l'occupation nazie. Il servait à rallier les Résistants et à les motiver dans leurs actions contre l'envahisseur de la France. Jean Moulins est la figure emblématique de ce mouvement de la Résistance. 

Composé par Anna Marly, Maurice Druon et Joseph Kessel, il est devenu un outil de ralliement utilisé par le Général de Gaulle depuis Londres et son texte a été abondamment parachuté par la Royal Air Force au-dessus du territoire français pour appeler à la résistance et à la solidarité.

Le chant des partisans

Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne ?
Ohé, partisans, ouvriers et paysans, c’est l’alarme.
Ce soir l’ennemi connaîtra le prix du sang et les larmes.

Montez de la mine, descendez des collines, camarades !
Sortez de la paille les fusils, la mitraille, les grenades.
Ohé, les tueurs à la balle et au couteau, tuez vite !
Ohé, saboteur, attention à ton fardeau : dynamite...

C’est nous qui brisons les barreaux des prisons pour nos frères.
La haine à nos trousses et la faim qui nous pousse, la misère.
Il y a des pays où les gens au creux des lits font des rêves.
Ici, nous, vois-tu, nous on marche et nous on tue, nous on crève...

Ici chacun sait ce qu’il veut, ce qu’il fait quand il passe.
Ami, si tu tombes un ami sort de l’ombre à ta place.
Demain du sang noir sèchera au grand soleil sur les routes.
Chantez, compagnons, dans la nuit la Liberté nous écoute...

Ami, entends-tu ces cris sourds du pays qu’on enchaîne ?
Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
Oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh...

 
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* Photo :

Paul Lacasse,

«Barques abandonnées»,

Mingan, 2011. * 

 

 

 

 

 

 

 

 

Victor HUGO

1802 - 1885

* Victor Hugo est un immense poète et qui a beaucoup écrit sur la mer.

Il est décédé un 22 mai, en 1885.  

Oceano nox

Oh ! combien de marins, combien de capitaines
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,
Dans ce morne horizon se sont évanouis !
Combien ont disparu, dure et triste fortune !
Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,
Sous l'aveugle océan à jamais enfouis !

Combien de patrons morts avec leurs équipages !
L'ouragan de leur vie a pris toutes les pages
Et d'un souffle il a tout dispersé sur les flots !
Nul ne saura leur fin dans l'abîme plongée.
Chaque vague en passant d'un butin s'est chargée ;
L'une a saisi l'esquif, l'autre les matelots !

Nul ne sait votre sort, pauvres têtes perdues !
Vous roulez à travers les sombres étendues,
Heurtant de vos fronts morts des écueils inconnus.
Oh ! que de vieux parents, qui n'avaient plus qu'un rêve,
Sont morts en attendant tous les jours sur la grève
Ceux qui ne sont pas revenus !

On s'entretient de vous parfois dans les veillées.
Maint joyeux cercle, assis sur des ancres rouillées,
Mêle encor quelque temps vos noms d'ombre couverts
Aux rires, aux refrains, aux récits d'aventures,
Aux baisers qu'on dérobe à vos belles futures,
Tandis que vous dormez dans les goémons verts !

On demande : - Où sont-ils ? sont-ils rois dans quelque île ?
Nous ont-ils délaissés pour un bord plus fertile ? -
Puis votre souvenir même est enseveli.
Le corps se perd dans l'eau, le nom dans la mémoire.
Le temps, qui sur toute ombre en verse une plus noire,
Sur le sombre océan jette le sombre oubli.

Bientôt des yeux de tous votre ombre est disparue.
L'un n'a-t-il pas sa barque et l'autre sa charrue ?
Seules, durant ces nuits où l'orage est vainqueur,
Vos veuves aux fronts blancs, lasses de vous attendre,
Parlent encor de vous en remuant la cendre
De leur foyer et de leur coeur !

Et quand la tombe enfin a fermé leur paupière,
Rien ne sait plus vos noms, pas même une humble pierre
Dans l'étroit cimetière où l'écho nous répond,
Pas même un saule vert qui s'effeuille à l'automne,
Pas même la chanson naïve et monotone
Que chante un mendiant à l'angle d'un vieux pont !

Où sont-ils, les marins sombrés dans les nuits noires ?
O flots, que vous savez de lugubres histoires !
Flots profonds redoutés des mères à genoux !
Vous vous les racontez en montant les marées,
Et c'est ce qui vous fait ces voix désespérées
Que vous avez le soir quand vous venez vers nous!

 


Rallumer ce qui reste

 

Je cherche un nid

une maison de mots

sans toit ni fenêtre

 

j'essaie d'entendre

une langue inventée

un verbe qui parle

aux blessures

 

j'apprends l'alphabet

de mes désirs

j'invente des astres

qui ne tomberont pas

 

je veux choisir l'étoile

pour rallumer ce qui reste

 

* Ginette Massé, Devant ce qui tremble, 2019, p. 65 *


 

 

 

Sérénade triste

(Très jeune, à 20 ans, Nelligan sent la folie qui l'emporte… et il l'exprime magnifiquement en comparant sa vie et son esprit aux feuilles d'automne qui tombent…) 


 

Comme des larmes d'or qui de mon coeur s'égouttent,

Feuilles de mes bonheurs, vous tombez toutes, toutes.


Vous tombez au jardin de rêves où je m'en vais,

Où je vais, les cheveux au vent des jours mauvais.


Vous tombez de l'intime arbre blanc, abattues

Çà et là, n'importe où, dans l'allée aux statues.


Couleur des jours anciens, de mes robes d'enfant,

Quand les grands vents d'automne ont sonné l'olifant.


Et vous tombez toujours, mêlant vos agonies,

Vous tombez, mariant, pâles, vos harmonies.


Vous avez chu dans l'aube au sillon des chemins;

Vous pleurez de mes yeux, vous tombez de mes mains.


Comme des larmes d'or qui de mon coeur s'égouttent,

Dans mes vingt ans déserts vous tombez toutes, toutes.


* Émile Nelligan, Poèmes choisis, Éditions Fides, Ottawa, 1966, page 137 *

 

 

LA RUMEUR DES VAGUES...
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* Photo : Paul Lacasse, Île Verte, 2012. *


Bruit de mer

 

Il y a le vent tout auréolé de Large

Chargé de ciel et de sel

Il y a l'odeur du lointain, du soleil

Et celle de l'estran avec ses notes d'algues.


Le sable de la dune

Caresse et brûle les pieds.

Les longues tiges des oyats

secouent leur chevelure jaune.

Les oiseaux de mer crient et pleurent

Et se lamentent.


Et voilà qu'au sommet de la dune

Il y a le vacarme grave et puissant

De la vague.

Il y a le souffle des naufragés

Et la rumeur des petits cailloux

Quand, lasse, la vague se retire

Dans son rêve de vague.


Là est ma route, là est mon paradis.


Sylvie Damagnez, France

MAIS J'AIME...
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 ** Photo : Paul Lacasse, Fous de Bassan à l'Île Bonaventure, Gaspésie, 2014 **


LXIII

Me voilà debout

comme un poème dénudé


les arbres font tranquillement

leur travail d'arbre

sans eux je crains pour la beauté


le ciel n'est plus habitable

les nuages et les fous de Bassan

n'y font que passer


mais j'aime       et cet amour indomptable

oblige la pluie à laver le sang

sur les portes

comme un poème habillé de mille roses

 

Marc-André Villeneuve, Le Vent en Passant, Éditions de l'Arbre Penché, p. LXIII, 2019

 


 

 

Rendez-vous

 

le silence arrive

tout n'est pas dit

de la brume

ni de la rencontre

 

au rendez-vous

des cœurs à l'ombre

le vin offre son rire

la nuit, un abri

 

le lierre en silence

gravit la muraille

sns tambour ni prophète

le cœur cherche un coeur

la main, une main

 

* Denis Béland, Papiers fragiles, 2019 *

 

-- Photo : Paul Lacasse, sud de la France, 2015 -- 


MONUMENTS DE PIERRE...
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Monolithes de Mingan

 

Fantômes de pierre bien ancrés sur la grève

Résilients admirables d'un très lointain passé,

Vous tenez tête au flot qui revient chaque jour

Qui frappe et qui sape en montant à l'assaut,

Déterminé et sûr de sa force tranquille

Comme le loup devant la blanche et faible chèvre

Sait qu'il sera vainqueur au bout de la nuit !

Aujourd'hui debout et demain terrassés,

Sculptés dans la pierre et pourtant si fragiles,

L'histoire ne nous enseignera jamais assez

Qu'un jour nous tombons tous au combat inutile.

 

@ Paul Lacasse / le 16 avril 2020

UN LANCEMENT RÉUSSI - UN GROUPE TRÈS CHALEUREUX !
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Aujourd'hui dimanche 9 février était un heureux jour de lancement du Recueil d'un membre de la Rive-Droite; Paul Lacasse vient de produire son premier Recueil de poésie, Des Sentiers Ombragés, dans lequel il tisse une trame entre l'Ombre et la Lumière. Divisé en 7 chapitres, son recueil explore le monde des souvenirs d'enfance… des expéditions géographiques… des éclats de la période amoureuse… des côtés sombres et plus ensoleillés de soi-même et du monde actuel… et des grandes questions existentielles souvent sans réponse.

La journée était éclatante de lumière dans la Bibliothèque Lauréat-Vallières de St-Romuald et un petit groupe des plus sympathique a contribué à animer la présentation, dirigée de main experte par notre vice-présidente de la Rive-Droite, Lyne Émond.

Un grand merci aux responsables de la Bibliothèque pour les locaux et l'organisation.

UNE BELLE RENCONTRE AU SAGUENAY
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Le dimanche 19 janvier dernier, l'auteur de "Des Sentiers Ombragés" a été chaleureusement accueilli par le Président de l'Association Québec-France Saguenay pour une conférence sur "Écrire et publier, un projet de retraite emballant", ainsi que pour faire la promotion de son Recueil de poésie.

Nombreuses parmi les personnes présentes se préparaient à publier ou l'avaient déjà fait. Ceci démontre un intérêt certain pour soit de l'écriture autobiographique soit pour de la poésie, par exemple.

Le conférencier se promet donc de poursuivre sa série de présentations à travers nos Régionales, en répondant à la demande des Association qui le désireront.

Un grand merci à Rosaire Gagnon et à Ghislaine pour leur accueil et pour tous les bons souvenirs échangés autour d'un bon repas devant un feu de bois dans une maison chaleureuse.

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